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Fiche méthode : L'analyse multicritères


Comment trancher rationnellement entre plusieurs options

Dans l'éventail des outils dont peut disposer le problem solver, l'analyse multicritères est une méthode incontournable pour sortir des interminables réunions de choix stériles. Quand il s'agit de départager plusieurs solutions potentielles, elle remplace l'intuition subjective ou le rapport de force par une grille d'évaluation transparente, pondérée et partagée.

En quoi est-ce intéressant ? Le choix de solutions se heurte souvent à trois difficultés :

  • Le choix « au feeling » ou sous influence : Trancher en réunion selon l'avis de la personne qui parle le plus fort, du plus haut gradé, ou céder à l'effet de mode.
  • L'angoisse du critère unique : Résumer un choix complexe à un seul angle (souvent le coût financier immédiat) en oubliant l'ergonomie, la sécurité ou la rapidité.
  • L'enlisement des débats : Tourner en rond pendant des heures sans parvenir à départager deux options viables. 


Objectifs


Utilisée en phase de sélection de solutions (souvent en aval d'un brainstorming ou d'un tableau en T), l'analyse multicritères poursuit trois finalités :
  • Objectiver la décision : Rendre les critères de choix explicites et acceptés par tous les parties prenantes avant même de noter les solutions.
  • Pondérer l'importance relative : Reconnaître que tous les critères n'ont pas le même poids (la sécurité ou le coût pèsent parfois bien plus lourd que le confort).
  • Consensualiser le choix final : S'appuyer sur un score chiffré et traçable pour justifier la décision auprès de la direction ou des équipes.
     


Déroulement et exemple


Le déroulement en 7 étapes :

  1. Identifier les solutions possibles :
    → Recenser les options retenues à l'issue de vos phases de créativité ou de diagnostic.
  2. Identifier les critères de choix :
    → Définir ce qui compte vraiment pour l'organisation (ex.
    : rapidité, coût, agrément, sécurité).
  3. Pondérer chaque critère :
    → Attribuer un coefficient d'importance relative (par exemple,
    une note de 1 à 3) pour refléter les priorités stratégiques du moment.
  4. Construire la matrice :
    → Inscrire les solutions en lignes et les critères en colonnes dans un tableau simple.
  5. Noter les solutions :
    → Évaluer chaque option vis-à-vis de chaque critère (par exemple,
    de 1 à 3).
  6. Calculer les scores pondérés :
    → Multiplier chaque note par le coefficient du critère correspondant,
    puis faire les totaux.
  7. Hiérarchiser et trancher :
    → Retenir la solution ayant obtenu le score global le plus élevé.
Exemple - Comment aller de Paris à Lyon ?

Imaginons que vous deviez choisir un mode de transport entre Paris et Lyon. Vous posez quatre critères et les pondérez :

  • Rapidité : coefficient 3
  • Coût : coefficient 2
  • Sécurité : coefficient 2
  • Agrément (confort) : coefficient 1

En face, vous évaluez vos options (TGV, train classique, avion, voiture). Sans pondération, le choix est flou. Avec la pondération (où la rapidité et la sécurité pèsent lourd), le calcul mathématique permet de trancher nettement, par exemple entre le TGV et l'avion, en départageant les ex-aequo par l'examen fin d'un critère clé. 

Exemple : choix d'un moyen pour aller de Paris à Lyon

Critères de choix : rapidité, coût, agrément, sécurité.

Pondération des critères :

  • rapidité : 3
  • coût : 2
  • agrément : 1
  • sécurité : 2

Solutions possibles :

  • TGV,
  • train,
  • avion,
  • voiture

Il faudra dans ce cas se déterminer entre le TGV et l'avion en privilégiant un critère, de façon à trancher entre les deux solutions.


L'œil du praticien : L'analyse multicritères ne prend pas la décision à votre place ; elle éclaire la discussion. Si le résultat du tableau va à l'encontre de votre intuition profonde, c'est souvent que vous aviez mal choisi vos critères ou mal réglé leur pondération de départ !


Points de vigilance

  • Fixer les règles du jeu en amont : Définissez la liste des critères et leur pondération avant de noter les solutions, sinon le groupe tentera de tricher pour faire gagner son option favorite.
  • Ne pas multiplier les critères à l'infini : 4 ou 5 critères pertinents suffisent amplement ; au-delà, le tableau devient illisible.
  • Garder des échelles simples : Une notation de 1 à 3 ou de 1 à 5 est amplement suffisante pour départager des options sans s'embourber dans des calculs d'apothicaire.
  • Vérifier la robustesse du choix : Si le premier et le deuxième du classement se tiennent dans un mouchoir de poche, analysez l'impact d'une légère variation de pondération.
  • Associer le terrain : Faites participer les opérationnels à la notation pour garantir que le choix final sera accepté et appliqué sans résistance.
Une remarque pour finir :
Il ne vous aura pas échappé que le choix des critères, ainsi que leur pondération, sont des éléments clés pour le choix des solutions. Sous couvert d'objectivité, il y a là un enjeu politique. A vous de voir comment vous en servir, ou pas !


Quelques mots sur l'origine de la méthode

Issu des travaux sur l'aide à la décision multicritère (MADM / MCDA) développés dès le milieu du XXe siècle en économie et en recherche opérationnelle (notamment formalisé par des pionniers comme Benjamin Roy en France), cet outil s'est imposé dans le management de projet et la conception industrielle. 

Son principe : face à un monde complexe où la solution « parfaite » n'existe pas, on cherche la solution optimale au regard de multiples dimensions concurrentes (coût, délai, sécurité, confort).

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