Aveu d’ouverture : j’ai un faible assumé pour ce marronnier de début d’année.
Chaque mois de janvier, c’est avec une impatience presque enfantine que j’observe la cuvée des bonnes résolutions. Non pas pour compter les abonnements à la salle de sport abandonnés le 15 février, mais pour voir ce qu’elles révèlent de l’air du temps.
Il est de bon ton de balayer la tradition des résolutions de janvier d’un revers de main un peu condescendant. Pourtant, lorsqu’on prend le temps de relire les 13 billets publiés sur ce blog depuis 2014, ces déclarations d’intention finissent par dresser un portrait assez saisissant de nos trajectoires collectives.
Car si le vernis extérieur reste le même, on jure toujours de manger mieux, de bouger davantage ou de dormir plus, le sens que nous donnons à ces engagements a sensiblement évolué en douze ans.
1. Le « pack de base » : l’invariable quête d’équilibre
- Le corps en chantier : reprise du sport, alimentation plus équilibrée, sommeil réparateur… Année après année, prendre davantage soin de soi reste l’un des grands classiques de janvier.
- Le compte en banque en convalescence : des arbitrages budgétaires de 2014 aux préoccupations d’épargne et de prudence financière d’aujourd’hui, notre portefeuille fait lui aussi régulièrement partie des bonnes résolutions.
En 2026, la gestion du budget et l’épargne figurent d’ailleurs en tête de la liste publiée sur ce blog, devant la santé et le sport. La réduction du temps passé sur les écrans fait également son apparition parmi les dix résolutions recensées (voir l'article de ce mois de janvier : Les bonnes résolutions 2026 des Français : entre prudence économique et bien-être)
À première vue, donc, rien de bien révolutionnaire. Nous voulons toujours être en meilleure santé, dépenser plus raisonnablement et vivre un peu mieux.
Mais lorsqu’on regarde l’ensemble avec un peu de recul, quelque chose bouge.
2. Douze ans de glissements : de la performance à la protection
2014-2016 : le temps de la maîtrise
Au milieu des années 2010, la résolution a volontiers des accents offensifs. Il s’agit de reprendre la main, d’agir, de changer ce qui ne convient plus.
Le travail et la carrière occupent une place importante dans cette logique : changer de poste, obtenir une augmentation, mieux organiser son quotidien. La résolution ressemble alors assez volontiers à un plan d’action individuel.
Le maître-mot pourrait être : maîtriser.
2017-2021 : l’équilibre, et un peu plus d’indulgence envers soi-même
Progressivement, le curseur se déplace.
La qualité de vie, le bien-être, la simplicité et le lâcher-prise prennent davantage de place. Et quelque chose d’autre apparaît dans la façon même de parler des résolutions : une forme d’autodérision.
Nous continuons à nous promettre monts et merveilles le 1er janvier, mais avec une lucidité nouvelle : oui, nous risquons de craquer assez vite. Et finalement, ce n’est peut-être pas si grave.
À l’injonction de réussir succède peu à peu une autre aspiration : trouver son équilibre. On sent aussi, évidemment, que la pandémie est passée par là et qu'elle a laissé des traces.
2022-2026 : protéger ce qui compte
Ces dernières années, une autre tonalité me semble émerger. La performance n’a pas disparu, loin de là, mais elle cohabite désormais avec un besoin plus explicite de sécurité et de préservation.
Préserver son budget. Prendre soin de sa santé. Accorder davantage de temps à sa famille et à ses amis. Réduire son empreinte écologique. Prendre soin de son bien-être mental. Et, signe intéressant de notre époque, passer moins de temps devant les écrans.
La liste 2026 réunit précisément ces différentes préoccupations : prudence financière, santé, liens sociaux, bien-être mental et limitation du temps d’écran : Les bonnes résolutions 2026 des Français : entre prudence économique et bien-être
Après la maîtrise et la recherche d’équilibre, le mot qui me vient aujourd’hui serait donc : protéger.
Se protéger, mais aussi protéger son temps, ses proches et ce à quoi l’on tient.
3. À quoi servent vraiment les bonnes résolutions ?
Elles fonctionnent plutôt comme un baromètre de nos préoccupations.
Prendre une résolution, c’est poser un petit diagnostic sur soi-même : ce qui nous manque, ce qui nous pèse, ce que nous voudrions reprendre en main.
Pris isolément, ce diagnostic ne raconte pas grand-chose. Mais lorsqu’on juxtapose ces instantanés, année après année, ils finissent par révéler autre chose que notre éternelle promesse de nous remettre au sport.
Ils dessinent, en creux, ce qui nous inquiète à chaque époque.
C’est peut-être là que réside le véritable intérêt de ce drôle de rituel de janvier. Non pas dans ce que nous réussirons effectivement à tenir jusqu’en juin, mais dans ce que nous ressentons soudain le besoin de nous promettre.
Avec, bien sûr, ce mélange très humain d’optimisme et de mauvaise foi assumée qui fait tout le charme de l’exercice !
4. L’historique des billets du blog, de 2014 à 2026
- 2026 : Moins d’écrans et retour aux proches
- 2025 : Top 10 des résolutions
- 2024 : Le classement de l’année
- 2023 : Les priorités des Français
- 2022 : Entre intentions et réalité
- 2021 : Un début d’année particulier
- 2020 : Bilan et perspectives
- 2019 : Les tendances de l’année
- 2018 : Entre envies et doutes
- 2017 : Le top 10 Twitter
- 2016 : La grande illusion du 1er janvier
- 2015 : Le top 10 de l’époque
- 2014 : Travail, rigueur et chasse au stress
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