Méthodologie de l'action, article 7 - Les quatre étapes en un visuel : ce qu'on emporte, et ce qui suit
« Le discernement n'est pas un talent. On le développe, on l'entretient (et, parfois, on l'équipe). »
La série s'achève. Un dernier article n'a rien à ajouter : il sert à repartir avec l'essentiel. Deux livrables, donc : la carte de la démarche, promise au premier article, et ce qu'on emporte.
La carte : la démarche en quatre étapes
Chaque étape tient en une phrase, lisible sans avoir lu le reste de la série :
de sa manière d'agir
ce qui détermine nos façons d'agir
transforme-t-elle nos réflexes ?
ou s'équiper de garde-fous
1. Prendre conscience de sa manière d'agir.
→ On ne corrige pas ce qu'on ne voit pas. Beaucoup de nos gestes sont des « gestes-réflexe» : la réponse qui vient seule, soulage tout de suite, et aggrave le problème. De l'eau sur de l'huile en feu : le sur-accident. (articles 1 et 2)
2. Comprendre ce qui détermine nos façons d'agir.
→ Savoir ne suffit pas : sous pression, le jugement assiste sans piloter. Le geste répond à une adresse cachée (ne pas perdre la face, le contrôle, la tension, l'évitement). (article 3)
3. Se demander si l'expérience transforme nos réflexes.
→ Elle peut consolider ce qui est inadapté : sans retour ni révision, vingt ans d'expérience peuvent n'être qu'un an, répété vingt fois. (article 5)
4. Agir autrement, ou s'équiper de garde-fous.
→ Quand compter sur soi est déraisonnable, on délocalise la décision dans un moment calme : check-list, pré-engagement, règle, mot d'arrêt. (articles 4 et 6)
Ces quatre étapes ne sont pas un escalier qu'on monte une fois. C'est un circuit qu'on repasse : chaque incident le reparcourt, à sa façon. La démarche n'est pas une progression vers la sagesse ; c'est un entretien.
Ce qu'on emporte
Le test de deux secondes
Ce geste résout-il le problème ou se contente-t-il de l'apaiser ? Deux secondes, au moment d'agir, pour distinguer ce qui soulage de ce qui résout.
Le décodage en cinq questions
À froid :
1. Quel était le signal déclencheur ?
2. Qu'ai-je ressenti au moment de partir ?
3. À quelle vitesse le geste est-il parti ?
4. À quelle adresse cachée répondait-il vraiment (la face, le contrôle, la tension, l'évitement ?)
5. Et qu'a-t-il coûté, qu'a-t-il réussi ?
La décision délocalisée
« Si cela arrive, alors je ferai ceci », décidé maintenant, pendant qu'il reste de la marge, pour ne pas délibérer dans le tunnel de l'urgence.
La règle d'occurrence
À la troisième fois, ce n'est plus un incident, c'est une donnée. La récurrence transforme l'accident en information : c'est elle qui dit où regarder.
Le mot d'arrêt
Une personne désignée, avertie à froid, munie d'un code (et à qui vous avez promis d'obéir quand elle le prononce). Trois minutes de préparation, une phrase : « Voilà ma situation à risque ; si tu m'entends faire ceci, dis-moi ce mot. »
Ce que cette série était
Deux régimes de lecture se sont partagé ce blog. Les « lois générales du temps » déjà passées ici, décrivent ce qui arrive ; cette série explique par où le prendre. Les lois décrivent ; la méthodologie explique.
Cette série a une source : Henri Laborit. Sa grille (trois réponses face au milieu : la lutte, la fuite, l'inhibition de l'action) fonde les « gammes de comportement » de l'article 3. Sa leçon éclaire la série entière : nos sociétés valorisent la lutte et méprisent la fuite, alors que c'est l'inhibition de l'action qui ronge.
La fuite consciente, l'évitement qui échappe
Une nuance qui vaut tous les articles : la fuite dont Laborit fait l'éloge n'est pas l'évitement de l'article 3. L'évitement vous échappe ; la fuite consciente et choisie est une façon d'agir autrement. Sur ce point précis, voir Bonnes feuilles : L'Éloge de la fuite, d'Henri Laborit.
Un seul fil relie tout, du reste. Du bouton « Envoyer » qu'on presse en sachant ce qu'il coûtera au mât auquel Ulysse se fait attacher : la série n'a raconté que des manières de prendre aujourd'hui la décision que le moment serré ne permettra pas de prendre.
Et vous ?
La dernière consigne de la série est la plus douce : relisez vos notes. Le carnet du test de deux secondes, le décodage, la liste des situations à marge nulle, le mot d'arrêt. Ce que la série vous a demandé d'écrire est maintenant une base de données, la vôtre. Ce qu'elle dit, c'est votre étape à vous.
Si vous n'avez rien écrit : le test de deux secondes, cette semaine, sur un geste qui apaise. C'est un début : la carte se reprend toujours au début.
Fin de la série. Merci d'avoir suivi. Et pour tout relire, le chapeau ci-dessous mène à l'ensemble.
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- Méthodologie de l'action - Les quatre étapes en un visuel : ce qu'on emporte, et ce qui suit (le présent article)
- Henri Laborit, Éloge de la fuite, Robert Laffont, 1976 — la grille lutte / fuite / inhibition de l'action
- Nos articles sur Henri Laborit :
- Bonnes feuilles : L'Éloge de la fuite, d'Henri Laborit — la fuite consciente, cousine de l'étape 4
- Citations - aujourd'hui : Henri Laborit
- Lois générales du temps - la loi de Laborit
- Jon Elster, Ulysses and the Sirens, Cambridge University Press, 1979 — le pré-engagement, du mât d'Ulysse à la check-list


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