De la naissance de l'agriculture à la gestion de votre agenda : ce que 15 000 ans nous apprennent sur l'art de résoudre les problèmes
Il est surprenant de constater à quel point les mêmes problèmes finissent par déterminer une approche similaire pour les résoudre, quel que soit le pays, l'époque ou la culture ambiante.
Je vais prendre un exemple suffisamment connu qui parlera à tout le monde : comment l'humanité, pour assurer sa subsistance, a-t-elle su passer du statut de chasseuse-cueilleuse à celle d'agricultrice ?
Du chasseur-cueilleur à l'agriculteur - 15 000 ans d'histoire
Si je dresse, sans prétention scientifique, une petite liste de ce que nous savons aujourd'hui, cela donne à peu près ça :
- Nous avons d'abord été confronté à un changement de contexte : un réchauffement climatique vers 15 000 ans avant notre ère, une augmentation du nombre d'individus, à mettre en lumière avec un épuisement relatif des ressources (qui oblige à se questionner sur la manière d'assurer sa subsistance) et donc, l'apparition de l'agriculture au Levant, vers -9 000 ans.
- Des tentatives de domestication de certaines plantes endémiques (dans l'entourage immédiat des personnes concernées) produisant, par expérimentations successives, une sélection de plantes fourragères dont le ratio énergie produite/énergie dépensée est favorable.
- La constitution d'un savoir et savoir-faire issu de l'observation, de la validation d'intuitions initiales, d'expérimentations, et de l'analyse des succès et des erreurs : cela constitue par modélisation les bases d'une agriculture qui est toujours d'actualité aujourd'hui ; à noter que cette modélisation va s'appuyer sur un ensemble varié de techniques ou méthodes qui peuvent varier suivant le contexte.
- L'essaimage de cette proto-agriculture à toute l'Europe continentale, depuis un foyer moyen-oriental, qui se traduit par l'adaptation des modèles initiaux (plantes utilisées, techniques adaptées aux climat), toujours sur la trame : [essai → succès ou échec → remise en cause du modèle → adaptation du modèle].
Les processus en œuvre - les 8 questions récurrentes
- au bout du bout, qu'est-ce que je veux obtenir ?
→ Cela pose la question des finalités poursuivies, et aussi des objectifs qui en découlent, et ce qui nous fera dire qu'on aura atteint un résultat. - qu'est-ce que mon intuition (somme des expériences passée relevant de la compétence inconsciente - je ne sais plus que je sais - plus ce que je sais effectivement - compétence consciente), alliée à l'observation me suggère pour arriver à mes fins ?
→ Cela pose la question de la visualisation, sinon de la vision, du but recherché et d'une idée du chemin à entreprendre. - quelles sont les grandes étapes qui constituent ce chemin ?
→ Cela pose la question de la temporalité dans laquelle s'inscrit la problématique à laquelle on s'attaque. Si on reprend l'exemple agricole, il est difficile de s'abstraire des contraintes du climat et des saisons. - par quoi commencer ?
→ Cela pose la question des priorités : tester plusieurs souches de plantes, récolter des graines sauvages, les planter, observer ce qui se passe, opérer la sélection des meilleures espèces, recommencer, se planter, recommencer, etc. Et n'oublions que tout cela se passe avec un capital temps-énergie qui se partage avec d'autres priorités. - comment ordonner ce qui est à faire ?
→ Cela pose la question de l'identification des choses à faire d'une part, de leur programmation d'autre part (notion d'ordonnancement) - comment réaliser concrètement ce qui est à faire ?
→ Cela pose la question des méthodes à actionner et des outils qu'on pourra utiliser. Notons au passage qu'il y a une sorte d'universalité des outils et méthodes à travers le monde quand on aborde l'agriculture. C'est comme si ce qui était important résidait dans la fonction essentielle qu'ils doivent satisfaire, sans ce soucier a priori de la forme de l'outil qui sera utilisé. Cela introduit un concept sur lequel on reviendra que l'on désigne sous le terme d'analyse fonctionnelle. - comment faire face aux aléas qui ne peuvent que survenir sur le chemin vers le but ?
→ Cela pose la question de la façon dont on va résoudre les problèmes futurs. Si on considère que le capital temps-énergie est précieux et qu'il se partage avec d'autres problématiques, alors il devient vital que les mêmes problèmes ne se reproduisent pas, et de garder une mémoire qui sera utile pour la suite. Là encore, ce sont les méthodes (plus que les outils) qui vont devenir déterminantes - comment s'assurer que ce que nous avons fait nous rapproche du but initial ?
→ Cela pose la question du retour d'expérience et de ce que l'on peut en déduire. Dans notre exemple, l'état de la récolte (quantité, énergie dépensée, apport alimentaire) incite à se questionner sur l'ensemble du processus depuis son début.
→ Cela pose la question de la boucle de rétroaction à mettre en place pour ajuster mon action, rectifier le tir et dépenser au mieux le capital temps-énergie dont je dospose.
La méthodologie, ou comment répondre à la question « Comment faire pour... »
A. Ce que nous disent les définitions
- Le Larousse, à l'article « méthodologie », distingue trois sens : l'étude systématique des principes qui fondent une pratique et des méthodes qu'elle emploie ; l'ensemble des méthodes et techniques d'un domaine particulier ; et, plus couramment, une simple manière de procéder.
- Wikipédia, dans le même esprit, la qualifie de « science de la méthode » ou de « méthode des méthodes » — sur le modèle de la métamathématique, la mathématique des mathématiques.
B. Les trois étages
- Le premier étage, c'est la finalité.
→ Au bout du bout, qu'est-ce que je veux obtenir ?
C'est la question que l'on saute presque toujours, parce qu'elle est la plus exigeante : elle demande de savoir ce qui nous fera dire qu'on aura réussi. Nos chasseurs-cueilleurs ne se demandaient pas « comment planter » mais « comment assurer la subsistance » — et c'est cette finalité, plutôt que n'importe quel outil, qui a orienté tous leurs essais. La finalité est un viseur, pas un râteau. - Le deuxième étage, ce sont les méthodes et les outils.
→ Comment réaliser concrètement ce qui est à faire ? Ici se rangent tout ce qu'on nous vend : les techniques, les recettes, les applications, les agendas, les matrices. L'agriculture en a produit une infinité - semailles, irrigation, assolement — et leur variété, nous l'avons vu, n'empêche nullement l'unité fonctionnelle. Ce qui compte, c'est la fonction satisfaite, pas la forme de l'outil. Mais un outil seul ne fait pas système : un viseur, un râteau, une bêche et une serre empilés pêle-mêle dans une grange ne nourrissent personne. - Le troisième étage, c'est ce qui tient les deux premiers ensemble : une démarche.
→ Un chemin ordonné qui part de la finalité, en déduit des priorités, passe par l'action concrète, affronte les aléas, et surtout apprend — c'est-à-dire revient sur ses pas, rectifie, ajuste.
La trame de notre histoire agricole — essai, succès ou échec, remise en cause, adaptation — n'est rien d'autre : une boucle qui transforme l'expérience en savoir. C'est elle qui fait qu'à la fin du processus, on ne possède pas seulement des plantes sélectionnées et des techniques : on possède un modèle, applicable ailleurs, modifiable, transmissible.
C. Pourquoi c'est crucial pour la gestion du temps
Ce que nous verrons ensuite
- comment déterminer cette « méthode des méthodes » — quels sont les moments invariants de la démarche, et dans quel ordre ?
- comment y raccrocher les méthodes les plus adaptées — quels critères de choix, quelle articulation entre elles ?
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