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Histoire du mois d'octobre

C' est le dixième mois de notre calendrier actuel, mais il ne vous aura pas échappé que la construction du mot "octobre" e...

Comment et pourquoi naissent les méthodologies - ce qu'on gagne à s'y intéresser



De la naissance de l'agriculture à la gestion de votre agenda : ce que 15 000 ans nous apprennent sur l'art de résoudre les problèmes 

Il est surprenant de constater à quel point les mêmes problèmes finissent par déterminer une approche similaire pour les résoudre, quel que soit le pays, l'époque ou la culture ambiante.

Je vais prendre un exemple suffisamment connu qui parlera à tout le monde : comment l'humanité, pour assurer sa subsistance, a-t-elle su passer du statut de chasseuse-cueilleuse à celle d'agricultrice ?

Du chasseur-cueilleur à l'agriculteur - 15 000 ans d'histoire


Si je dresse, sans prétention scientifique, une petite liste de ce que nous savons aujourd'hui, cela donne à peu près ça :

  • Nous avons d'abord été confronté à un changement de contexte : un réchauffement climatique vers 15 000 ans avant notre ère, une augmentation du nombre d'individus, à mettre en lumière avec un épuisement relatif des ressources (qui oblige à se questionner sur la manière d'assurer sa subsistance) et donc, l'apparition de l'agriculture au Levant, vers -9 000 ans.
  • Des tentatives de domestication de certaines plantes endémiques (dans l'entourage immédiat des personnes concernées) produisant, par expérimentations successives, une sélection de plantes fourragères dont le ratio énergie produite/énergie dépensée est favorable.
  • La constitution d'un savoir et savoir-faire issu de l'observation, de la validation d'intuitions initiales, d'expérimentations, et de l'analyse des succès et des erreurs : cela constitue par modélisation les bases d'une agriculture qui est toujours d'actualité aujourd'hui ; à noter que cette modélisation va s'appuyer sur un ensemble varié de techniques ou méthodes qui peuvent varier suivant le contexte.
  • L'essaimage de cette proto-agriculture à toute l'Europe continentale, depuis un foyer moyen-oriental, qui se traduit par l'adaptation des modèles initiaux (plantes utilisées, techniques adaptées aux climat), toujours sur la trame :  [essai → succès ou échec → remise en cause du modèle → adaptation du modèle].
Quand on interroge les spécialistes de la question, il y a à peu près consensus sur les processus en œuvre, que l'on parle des cultures céréalières en Europe, de celle du riz et du soja en Asie, ou de celle du mil ou du sorgho en Afrique subsaharienne.

Les processus en œuvre - les 8 questions récurrentes


Si on s'extrait de la métaphore historique, il est intéressant de constater que cela nous donne des éléments clés pour tenter de répondre à une question qui serait formulée "Comment faire pour..." (remplacez les trois points par ce que vous voulez) :

  • au bout du bout, qu'est-ce que je veux obtenir ?
    → Cela pose la question des finalités poursuivies, et aussi des objectifs qui en découlent, et ce qui nous fera dire qu'on aura atteint un résultat.
  • qu'est-ce que mon intuition (somme des expériences passée relevant de la compétence inconsciente - je ne sais plus que je sais - plus ce que je sais effectivement - compétence consciente), alliée à l'observation me suggère pour arriver à mes fins ?
    → Cela pose la question de la visualisation, sinon de la vision, du but recherché et d'une idée du chemin à entreprendre.
  • quelles sont les grandes étapes qui constituent ce chemin ?
    → Cela pose la question de la temporalité dans laquelle s'inscrit la problématique à laquelle on s'attaque. Si on reprend l'exemple agricole, il est difficile de s'abstraire des contraintes du climat et des saisons.
  • par quoi commencer ?
    → Cela pose la question des priorités : tester plusieurs souches de plantes, récolter des graines sauvages, les planter, observer ce qui se passe, opérer la sélection des meilleures espèces, recommencer, se planter, recommencer, etc. Et n'oublions que tout cela se passe avec un capital temps-énergie qui se partage avec d'autres priorités.
  • comment ordonner ce qui est à faire ?
    → Cela pose la question de l'identification des choses à faire d'une part, de leur programmation d'autre part (notion d'ordonnancement)
  • comment réaliser concrètement ce qui est à faire ?
    → Cela pose la question des méthodes à actionner  et des outils qu'on pourra utiliser. Notons au passage qu'il y a une sorte d'universalité des outils et méthodes à travers le monde quand on aborde l'agriculture. C'est comme si ce qui était important résidait dans la fonction essentielle qu'ils doivent satisfaire, sans ce soucier a priori de la forme de l'outil qui sera utilisé. Cela introduit un concept sur lequel on reviendra que l'on désigne sous le terme d'analyse fonctionnelle.
  • comment faire face aux aléas qui ne peuvent que survenir sur le chemin vers le but ?
    → Cela pose la question de la façon dont on va résoudre les problèmes futurs. Si on considère que le capital temps-énergie est précieux et qu'il se partage avec d'autres problématiques, alors il devient vital que les mêmes problèmes ne se reproduisent pas, et de garder une mémoire qui sera utile pour la suite. Là encore, ce sont les méthodes (plus que les outils) qui vont devenir déterminantes
  • comment s'assurer que ce que nous avons fait nous rapproche du but initial ?
    → Cela pose la question du retour d'expérience et de ce que l'on peut en déduire. Dans notre exemple, l'état de la récolte (quantité, énergie dépensée, apport alimentaire) incite à se questionner sur l'ensemble du processus depuis son début.
    → Cela pose la question de la boucle de rétroaction à mettre en place pour ajuster mon action, rectifier le tir et dépenser au mieux le capital temps-énergie dont je dospose.

Tout cela dessine ce qu'on pourrait appeler une méthodologie, quelque chose de global et qui inclue des méthodes, et qui peut se déployer quelque soit le contexte.

La méthodologie, ou comment répondre à la question « Comment faire pour... »


A. Ce que nous disent les définitions

Commençons par ce que l'on en dit. 
  • Le Larousse, à l'article « méthodologie », distingue trois sens : l'étude systématique des principes qui fondent une pratique et des méthodes qu'elle emploie ; l'ensemble des méthodes et techniques d'un domaine particulier ; et, plus couramment, une simple manière de procéder. 
  • Wikipédia, dans le même esprit, la qualifie de « science de la méthode » ou de « méthode des méthodes » — sur le modèle de la métamathématique, la mathématique des mathématiques.
Ces définitions ont un point commun, et il est révélateur : toutes placent la méthodologie au-dessus des méthodes. Une méthode dit comment faire ceci ou cela. Une méthodologie dit comment choisir, articuler et faire vivre les méthodes entre elles. La méthodologie est à la méthode ce que la grammaire est au mot : ce qui permet de les combiner pour produire du sens, et pas seulement des phrases isolées.

Mais elles ont aussi une limite commune : elles décrivent la méthodologie comme un objet d'étude, un savoir sur les méthodes - et laissent dans l'ombre le fait qu'une méthodologie, avant d'être étudiée, doit être vécue et construite. Relisez l'épisode agricole : pendant des millénaires, personne n'a « étudié » la méthodologie agricole. On expérimentait, on observait, on retenait, on transmettait. La méthodologie comme savoir est venue après la méthodologie comme pratique. L'étude est la photographie ; la pratique est le vivant.

B. Les trois étages

Essayons donc de formuler les choses autrement, à partir de ce que nous venons de voir. Quand un être humain - ou une humanité - se lance dans un « comment faire pour... », il construit, consciemment ou non, trois étages.
  1. Le premier étage, c'est la finalité.
    → Au bout du bout, qu'est-ce que je veux obtenir ?
    C'est la question que l'on saute presque toujours, parce qu'elle est la plus exigeante : elle demande de savoir ce qui nous fera dire qu'on aura réussi. Nos chasseurs-cueilleurs ne se demandaient pas « comment planter » mais « comment assurer la subsistance » — et c'est cette finalité, plutôt que n'importe quel outil, qui a orienté tous leurs essais. La finalité est un viseur, pas un râteau.

  2. Le deuxième étage, ce sont les méthodes et les outils.
    → Comment réaliser concrètement ce qui est à faire ? Ici se rangent tout ce qu'on nous vend : les techniques, les recettes, les applications, les agendas, les matrices. L'agriculture en a produit une infinité - semailles, irrigation, assolement — et leur variété, nous l'avons vu, n'empêche nullement l'unité fonctionnelle. Ce qui compte, c'est la fonction satisfaite, pas la forme de l'outil. Mais un outil seul ne fait pas système : un viseur, un râteau, une bêche et une serre empilés pêle-mêle dans une grange ne nourrissent personne.

  3. Le troisième étage, c'est ce qui tient les deux premiers ensemble : une démarche.
    → Un chemin ordonné qui part de la finalité, en déduit des priorités, passe par l'action concrète, affronte les aléas, et surtout apprend — c'est-à-dire revient sur ses pas, rectifie, ajuste.
    La trame de notre histoire agricole — essai, succès ou échec, remise en cause, adaptation — n'est rien d'autre : une boucle qui transforme l'expérience en savoir. C'est elle qui fait qu'à la fin du processus, on ne possède pas seulement des plantes sélectionnées et des techniques : on possède un modèle, applicable ailleurs, modifiable, transmissible.
C'est là aussi que l'on atteint les limites de la représentation des étages : dans la réalité, les trois éléments interagissent entre eux et s'influences mutuellement (ce qu'on pourrait appeler une boucle de rétroaction circulaire, en jargonnant).



Voilà, me semble-t-il, ce que les définitions oublient : une méthodologie n'est pas une super-méthode, c'est ce qui naît quand on fait le tour de ses propres « comment faire pour... » et qu'on en tire la trame commune. Les huit questions que nous avons listées ne sont pas huit problèmes. Elles sont les huit moments d'un même mouvement - et c'est leur enchaînement qui constitue la démarche.

C. Pourquoi c'est crucial pour la gestion du temps

Vous penserez peut-être : tout cela est bel et bon pour l'humanité néolithique, mais quel rapport avec mes mails et mon agenda de la semaine prochaine ?

Le rapport est direct. Dans le palmarès des questions de formation que je publiais le mois dernier, la dernière famille - la méta-question — disait ceci : « Comment trouver LA méthode qui me correspondra enfin, moi qui en ai déjà testé plusieurs ? ». Cette question est le symptôme exact de l'absence du troisième étage. Celui qui an a déjà testé plusieurs n'a pas eu de problème de méthodes : il en a eu trop. Mais il les a essayées une par une, comme on essaie des chaussures, alors qu'elles n'ont de sens que combinées et enchaînées — portées par une démarche qui leur donne un ordre, une finalité, et une boucle d'apprentissage.

C'est la thèse de ces billets : une méthode sans démarche ne survit pas au premier imprévu ; une démarche sans méthodes reste inapplicable lundi matin. La bonne question n'est jamais « quelle méthode choisir ? » mais « quelle démarche me permettra de choisir, d'articuler, et de faire évoluer mes méthodes ? ». La méthodologie, ici, n'est pas un concept de plus : c'est le remède au picorage dont je parlais - on prend pour un défaut de volonté ce qui est d'abord un défaut d'architecture.

Ce que nous verrons ensuite


Restent alors deux questions, et elles méritent bien un article entier :
  • comment déterminer cette « méthode des méthodes » — quels sont les moments invariants de la démarche, et dans quel ordre ?
  • comment y raccrocher les méthodes les plus adaptées — quels critères de choix, quelle articulation entre elles ?
C'est l'objet du prochain billet, où je vous parlerai... de vos prochaines vacances ! Car il se trouve que préparer une rentrée, un projet ou des grandes vacances mobilise exactement les mêmes pièces que préparer la récolte : une finalité, un chemin, des priorités, des aléas prévus, et un retour d'expérience pour la fois suivante. L'occasion de vérifier, sur un exemple que chacun connaît, que la démarche que je vous propose tient debout.

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