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Le « reverse mentoring » en 2025 : et si nous en faisions un espace d'alliance plutôt qu'une obligation de plus ?


Quand l'IA générative et le travail hybride bousculent nos repères : quelques pistes pour apprendre les uns des autres sans se mettre la pression.

J’ai eu l’occasion de revenir à plusieurs reprises sur ce blog sur les promesses du reverse mentoring : d'abord comme un moyen parmi d'autres de retisser du lien après les confinements, puis en m'interrogeant sur ce qu'il pourrait apporter aux démarches RSE s'il devenait vraiment réciproque.

En ce début d'année 2025, le contexte a encore bougé. Entre la déferlante de l'IA générative dans notre quotidien et la routine du travail hybride, une question revient souvent dans mes échanges : comment continuer à s'apprendre des choses informellement quand on se croise moins et que les outils évoluent plus vite que nos modes d'organisation ?

On entend beaucoup dire qu'il « faudrait » généraliser le mentorat inversé, que les jeunes « doivent » former les séniors au numérique. Mais à bien y regarder, cette façon de poser le problème ne risque-t-elle pas d'ajouter une injonction de plus à des agendas déjà bien saturés ?

L'ancrage systémique : Mieux-faire et Mieux-être

Dans une approche systémique du travail, le reverse mentoring n’a pas vocation à être un dispositif RH de plus. C’est un levier de mieux-faire (fluidification de l'information, appropriation simple des outils) et de mieux-être (réduction de la fatigue attentionnelle, rupture de l'isolement).

En assouplissant la distance hiérarchique, il réinjecte de l'entraide là où les processus rigides créent de la friction.


Pourquoi est-ce si délicat dans la vraie vie ?

Si la démarche suscite parfois des réticences polies sur le terrain, ce n'est pas par mauvaise volonté. C'est simplement que l'exercice touche à des sujets humains sensibles :

  • Du côté des managers ou des séniors : Accepter d'être accompagné par un plus jeune sur un outil, n'est-ce pas prendre le risque d'exposer ses lacunes ou de fragiliser une légitimité déjà chahutée par les réorganisations permanentes ?
  • Du côté des plus jeunes : Proposer un conseil ou montrer une méthode à un décisionnaire, n'est-ce pas s'exposer au risque d'être perçu comme intrusif, voire prétentieux ?

Lorsque ces craintes ne sont pas dites, l'exercice devient vite formel. On coche une case, mais on passe à côté de l'essentiel. N'y a-t-il pas là l'occasion de tester une autre posture — plus humble, plus curieuse, fondée sur l'alliance plutôt que sur le statut ?


Comment désamorcer les craintes au quotidien ?

Pour que l’échange soit fluide et débarrassé de la pression de résultat, quelques ajustements d'attitude suffisent souvent :

  • Pour les séniors : S'autoriser un simple « Je ne sais pas » ou « Montre-moi comment tu fais ». C'est souvent la meilleure façon de libérer la parole de l'autre et de déclencher un apprentissage authentique.
  • Pour les plus jeunes : Aborder l'échange par l'usage concret : « Voilà comment je m'y prends pour gagner du temps, qu'en penses-tu par rapport à tes besoins ? »
  • Pour les deux : Savoir rire des ratés (un prompt mal formulé, une IA qui hallucine, une interface récalcitrante). L’humour désamorce l'enjeu et rappelle que nous apprenons tous en marchant.
Mon expérience du terrain : apprendre à montrer ses limites

Il y a quelque temps, j'ai moi-même expérimenté ce type d'échange avec un jeune consultant pour comprendre comment il utilisait l'IA générative dans l'analyse de données qualitatives. Au départ, je craignais un peu de paraître « dépassé ». Mais en acceptant de poser des questions naïves et de montrer mes doutes, la dynamique s'est inversée : j'ai découvert des raccourcis précieux pour mon travail, et lui a gagné une immense confiance pour proposer des idées audacieuses sur nos dossiers. C'est devenu une habitude d'échange très naturelle, sans ordre du jour rigide.


L'IA générative : un accélérateur qui démocratise l'échange

Avec l'IA générative, la transmission change de nature. Il ne s'agit plus de maîtriser du code ou des logiciels complexes réservés aux spécialistes. Un junior peut aujourd'hui montrer à un manager comment formaliser une requête ou automatiser la synthèse d'un document en quelques minutes.

L'outil devient un prétexte : le plus jeune apporte la spontanéité d'usage, le plus expérimenté apporte le sens critique pour vérifier si la réponse de l'IA tient la route par rapport à la réalité du marché.


Des rituels légers pour s'y mettre sans alourdir son agenda

Plutôt que d'en faire un projet lourd, on peut imaginer des formats très souples, compatibles avec la vraie vie des équipes. Par exemple :

  • Le « Café Reverse » (30 minutes par mois) : Un temps informel, autour d'un café ou en visio, pour se faire montrer une astuce, un outil ou un raccourci.
  • Le binôme d'opportunité : Associer un junior et un sénior sur une micro-tâche concrète (ex. tester une fonctionnalité d'un logiciel ou préparer une présentation).
  • La règle de la bulle de confiance : Ce qui se dit dans cet échange reste entre les deux personnes. Ni évaluation, ni compte-rendu hiérarchique.

Une perspective internationale inspirante

Je pense qu'on devrait toujours jeter un coup d'œil sur ce qui se passe ailleurs. Cette façon d'envisager la transmission horizontale porte ses fruits là où elle est encouragée :

  • Dans les pays nordiques (Suède, Danemark) : La faible distance hiérarchique facilite naturellement ces apprentissages croisés. Les travaux de l'OCDE soulignent que cette circulation fluide des savoirs informels est l'un des piliers de leur agilité numérique.
  • Dans les démarches observées par la Harvard Business Review : Les entreprises qui créent ces espaces informels constatent que les jeunes recrues se sentent mieux intégrées et écoutées, ce qui réduit significativement l'isolement des managers comme le turnover des nouveaux entrants.

Conclusion

Au fond, le reverse mentoring en 2025 n'est peut-être qu'un prétexte. Un prétexte pour réinjecter de la simplicité, de l'écoute et du compagnonnage dans un monde du travail qui court après le temps.

Et si la vraie performance soutenante commençait simplement par le plaisir d'apprendre quelque chose de nouveau, ensemble, sans se prendre au sérieux ?


Pour aller plus loin sur pragma-tic

Sources et références

  • Anact (Agence Nationale pour l'Amélioration des Conditions de Travail) : Réflexions sur la coopération intergénérationnelle, la charge mentale et l'accompagnement des mutations technologiques.
  • Harvard Business Review (HBR) : Murphy, W. M., Why Reverse Mentoring Works (Travaux sur les dynamiques de mentorat et la conduite des transformations informelles).
  • OCDE : Rapports sur les compétences des adultes (PIAAC) et l'impact des cultures organisationnelles sur l'usage du numérique.

Que vous ayez déjà testé ce type d'échange ou que l'idée vous laisse hésitant, n'hésitez pas à partager vos impressions ou vos doutes en commentaire sous cet article !

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