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Sous-traitance du CPF : quand le couperet de fin d’année menace aussi les coopérations

En octobre dernier, nous dressions un premier constat : entre la fin du « Far West » commercial, le reste à charge annoncé et la complexité administrative croissante, la régulation du Compte personnel de formation avançait à marche forcée.

Avec une inquiétude : à force de vouloir assainir le système, ne risquait-on pas aussi de fragiliser ceux qui font réellement le métier ?

La toute fin de l’année 2023 apporte un nouvel épisode avec le décret du 28 décembre consacré notamment à l’encadrement de la sous-traitance dans le CPF.

Sur le principe, difficile de contester l’objectif.

Une régulation nécessaire

Le CPF a vu prospérer des acteurs dont la valeur ajoutée relevait parfois davantage de l’intermédiation commerciale que de la formation : acquisition agressive de clients, captation du financement, puis sous-traitance de la prestation à des formateurs chargés, eux, de réaliser effectivement le travail.

Mettre un terme à ces chaînes d’intermédiaires et responsabiliser l’organisme qui commercialise une formation relève d’une nécessaire remise en ordre.

Mais toute sous-traitance ressemble-t-elle à cela ?

Cette fois, je suis directement concerné

Environ 80 % des formateurs et consultants avec lesquels je travaille sont des intervenants externes.

Ce choix ne répond pas à une logique de courtage. Il constitue au contraire une part essentielle de mon métier : aller chercher la bonne compétence, la bonne expérience, le bon professionnel en fonction des besoins d’une mission, plutôt que prétendre tout savoir faire en interne.

Dans les petites structures de formation, travailler avec des indépendants ou d’autres organismes permet de réunir des compétences complémentaires, de construire des parcours spécifiques et parfois d’associer des modalités pédagogiques différentes qu’une structure seule ne pourrait pas toujours proposer.

Alors forcément, lorsque le mot « sous-traitance » se retrouve dans le viseur du régulateur, je tends l’oreille.

Car derrière un même terme juridique se cachent des réalités très différentes : d’un côté, une intermédiation qui capte une partie de la valeur sans réelle contribution pédagogique ; de l’autre, une coopération professionnelle qui permet précisément de créer cette valeur.

C’est cette distinction qu’il faudra parvenir à préserver.

Quand la conformité devient une compétence

Cette évolution confirme aussi une tendance déjà perceptible en octobre.

Pour exercer dans l’écosystème du CPF, il ne suffit plus de bien connaître son métier, de comprendre les besoins d’une entreprise ou de savoir construire une formation pertinente. Il faut également consacrer une part croissante de son énergie à comprendre et administrer sa conformité.

Une grande organisation peut répartir cette charge entre plusieurs fonctions. Pour une TPE ou un indépendant, elle vient directement concurrencer le temps consacré à concevoir, accompagner et former.

Le risque est alors celui d’un étrange tri : non plus seulement entre acteurs vertueux et opportunistes, mais entre ceux qui disposent des ressources nécessaires pour absorber la complexité et ceux qui finissent par renoncer.

Réguler sans assécher

La régulation du CPF était nécessaire. Elle le reste.

Écarter les montages opportunistes, responsabiliser les organismes et rendre les circuits de financement plus transparents participe à la crédibilité du dispositif.

Mais sa réussite ne pourra pas se mesurer uniquement au nombre de pratiques douteuses éliminées.

Elle devra aussi se mesurer à notre capacité collective à préserver ce qui fait la richesse de la formation : des professionnels qui associent leurs compétences pour transmettre, accompagner et répondre au plus près des réalités du terrain.

En cette fin d’année 2023, c’est sans doute le vœu que je formulerais pour 2024 : que le nécessaire ménage ne finisse pas par vider la maison de ceux qui la font vivre.

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Notre article d'octobre 2023 sur pragma-tic : CPF : entre nécessaire régulation, risque d'exclusion et angle mort pour les formateurs indépendants


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