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Histoire du mois de septembre

N euvième mois de notre calendrier actuel, il tire son nom du latin "september", qui désignait la septième place qu'il occup...

Tout prévoir, tout organiser : ce que notre rapport au contrôle enseigne à nos enfants


Septembre a ce double visage.

Il y a le retour de nos propres dossiers, des boîtes mail qui se remplissent et des agendas qui se densifient. Et puis, juste à côté, il y a la rentrée des plus jeunes : les cartables à préparer, les horaires d’école, de conservatoire ou de sport à imbriquer, les trajets à organiser, les semaines à faire tenir dans des cases qui semblent toujours un peu trop petites.

Alors nous planifions. Nous anticipons. Nous essayons de penser à tout.

Et à les observer courir pour ne pas rater le bus, vérifier trois fois le contenu de leur sac ou s’inquiéter d’un cahier oublié, un miroir discret se tend parfois devant nous.

Car à force de vouloir apprendre à nos enfants à bien s’organiser, nous oublions quelque chose d’essentiel : ils retiennent probablement moins nos conseils sur la gestion du temps que la manière dont ils nous voient, nous, traverser nos journées.

Et ce que nous leur transmettons n’est peut-être pas seulement une façon de gérer leur temps, c’est aussi me semble-t-il une certaine façon d’envisager le contrôle.

1. Ce que les enfants apprennent quand nous ne leur enseignons rien


Nous passons beaucoup de temps à essayer d’inculquer de « bonnes méthodes » aux enfants.

  • Range ta chambre.
  • Prépare tes affaires pour demain.
  • Anticipe tes devoirs pour ne pas t’y prendre au dernier moment.
  • Dépêche-toi, sinon nous allons être en retard.

Autant de conseils parfaitement raisonnables - sauf que nous les prononçons parfois l’ordinateur encore ouvert devant nous, tout en rédigeant un dernier message professionnel, ou en consultant mentalement la liste de ce qu’il nous reste à faire avant la fin de la journée.

Le message implicite peut alors devenir plus puissant que le message explicite :

  • ce qui compte, c’est d’aller vite ;
  • une journée réussie est une journée dans laquelle tout rentre ;
  • l’imprévu est quelque chose qu’il faut autant que possible éviter ;
  • la disponibilité mentale est une ressource rare, dont nous manquons presque toujours.

Nos enfants apprennent sans doute moins la gestion du temps dans les manuels scolaires qu’en observant la manière dont nous habitons nous-mêmes le nôtre.

Ils voient ce qui arrive lorsque quelque chose dérape. Un retard. Un train supprimé. Des clés introuvables. Un rendez-vous qui s’éternise. Une tâche professionnelle qui déborde sur la soirée.

Ils voient surtout comment nous y réagissons, et c’est peut-être là que commence réellement la transmission.

2. L’urgence comme mode de vie


La rentrée scolaire coïncide souvent avec le retour d’un autre rythme : celui des sollicitations professionnelles, des réunions, des notifications et des journées que l’on aimerait pouvoir étendre de quelques heures.

La frontière entre les deux mondes reste pourtant poreuse.

Le travail glisse dans la cuisine. Un téléphone reste posé près de l’assiette. Un message est lu entre deux exercices de mathématiques. Une pensée professionnelle traverse une conversation familiale sans même qu’il soit nécessaire d’ouvrir un ordinateur.

Nous demandons aux enfants de lever les yeux de leurs écrans, de faire une chose à la fois, de profiter du moment présent. Et nous sommes parfois les premiers à éprouver des difficultés à le faire.

Le problème n’est sans doute pas le téléphone en lui-même. Il n’est que la partie visible de quelque chose de plus profond : cette impression que nous devons rester disponibles parce que quelque chose pourrait à tout moment nécessiter notre intervention.

Comme si lâcher momentanément prise revenait à prendre le risque de perdre le contrôle.

Or les enfants voient cela aussi. Ils voient des adultes qui organisent leur temps, mais aussi des adultes dont le temps semble constamment menacé par une urgence nouvelle.

Et ils peuvent finir par apprendre qu’être responsable, c’est peut-être cela : rester mentalement en alerte.

3. La rentrée ou le fantasme de la semaine parfaitement maîtrisée


Il suffit de regarder un calendrier familial de septembre pour comprendre la tentation.

École. Travail. Sport. Musique. Rendez-vous. Courses. Devoirs. Transports.

Tout doit s’imbriquer.

Alors nous construisons une petite mécanique destinée à faire fonctionner l’ensemble sans accroc. Et parce que cette mécanique est fragile, le moindre grain de sable peut prendre des proportions étonnantes.

  • Un sac oublié.
  • Dix minutes de retard.
  • Une réunion qui déborde.
  • Un mercredi après-midi qui ne se déroule pas comme prévu.

Ce n’est pourtant qu’un imprévu. Mais lorsque toute l’organisation repose sur l’idée que chaque chose doit arriver au bon endroit et au bon moment, l’imprévu ressemble vite à un échec.

C’est peut-être ici que notre rapport au temps rencontre notre rapport au contrôle.

Nous voulons transmettre de l’autonomie à nos enfants. Nous voulons qu’ils sachent prévoir, anticiper, organiser leurs journées. Mais en cherchant nous-mêmes à tout maîtriser, ne risquons-nous pas de leur transmettre également une autre croyance : qu’une journée réussie serait une journée dont rien ne nous échappe ?

Or aucune journée ne fonctionne vraiment ainsi, et aucune vie non plus.

Apprendre à organiser son temps est évidemment utile. Mais savoir quoi faire lorsque le plan ne fonctionne plus l’est tout autant.

4. Et si nous transmettions plutôt une capacité d’adaptation ?


Il ne s’agit évidemment pas de renoncer à toute organisation.

La rentrée fonctionnerait assez mal si personne ne savait à quelle heure commence l’école, qui récupère les enfants ou quel jour a lieu le cours de musique...

Mais l’alternative à l’hypercontrôle n’est pas le chaos.

Elle consiste peut-être simplement à considérer un planning pour ce qu’il est : un outil qui nous aide à vivre, et non un scénario auquel la réalité aurait l’obligation de se conformer.

Et cela aussi peut se transmettre.

Quelques repères simples, sans nouvelle injonction à la perfection :

  • Protéger de vrais moments de disponibilité :
    → Des moments où le téléphone est réellement loin et où notre attention cesse d’être divisée. Non pour donner artificiellement l’exemple, mais simplement pour retrouver le plaisir d’être là.
  • Dédramatiser le grain de sable :
    → Un retard, un oubli ou un changement de programme n’est pas une catastrophe industrielle. Montrer que l’on peut chercher une solution sans transformer l’incident en crise est peut-être une forme d’apprentissage aussi importante que l’anticipation elle-même.
  • Montrer que nous pouvons changer nos plans :
    → Dire simplement : « Ce n’est pas ce qui était prévu, on va faire autrement. » Il y a dans cette phrase une petite leçon de souplesse qui vaut probablement beaucoup de discours sur l’organisation.
  • Parler du travail autrement :
    → Ne pas réduire l’activité professionnelle à une succession d’urgences et de contraintes dont on revient épuisé. Montrer ce qu’elle peut avoir d’intéressant et de constructif, tout en acceptant aussi qu’elle puisse être laissée, provisoirement, là où elle est.

Il ne s’agit pas de devenir des modèles de sérénité.

Nos enfants nous verront encore nous agacer contre un train en retard, chercher fébrilement nos clés ou découvrir à 8 h 12 qu’il fallait apporter quelque chose à l’école ce matin-là, et c’est peut-être aussi bien ainsi.

Car ce que nous pouvons leur montrer n’est pas une maîtrise parfaite du quotidien. C’est la possibilité de retrouver notre calme lorsque cette maîtrise nous échappe.

Conclusion : apprendre à laisser une case vide


La rentrée de septembre est une formidable machine à organiser.

Nous remplissons les agendas, synchronisons les horaires, préparons les sacs et tentons de reprendre possession de semaines que l’été avait un peu desserrées.

Tout cela est nécessaire.

Mais peut-être pouvons-nous aussi regarder ce que cette organisation raconte de nous.

À force de vouloir préparer nos enfants au monde en leur apprenant à anticiper, nous risquons parfois d’oublier de leur transmettre l’autre moitié de l’apprentissage : celle qui commence précisément lorsque ce que nous avions prévu ne se produit pas.

Accepter un retard. Changer un programme. Renoncer à terminer quelque chose aujourd’hui. Laisser une case vide. Et découvrir que rien de grave ne se passe.

Peut-être est-ce finalement cela que nous pouvons transmettre de plus précieux : non pas l’art de tout prévoir, mais la capacité à rester serein lorsque tout ne se passe pas comme prévu.

Apprendre à organiser son temps est utile. Apprendre que l’on n’en aura jamais tout à fait le contrôle l’est peut-être davantage.

 

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