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Fiche méthode : penser à côté (lateral thinking)


Réfléchir "à côté", ou comment tracer d'autres sillons

Dans la boîte à outils du « problem solver », si la logique verticale (analytique) creuse toujours le même trou plus profondément, la pensée latérale consiste à creuser à un autre endroit. Elle est irremplaçable pour sortir des sentiers battus, débloquer les situations d'impasse et dépasser les réflexes conditionnés des organisations.

Pourquoi aurions-nous besoin de la pensée latérale au moment de chercher des solutions ? La résolution de problèmes se heurte souvent à trois limites cognitives :

  • Le piège de l'expertise (la rigidité du cadre) : Plus une équipe connaît son métier, plus elle applique des recettes éprouvées... y compris lorsqu'elles ne fonctionnent plus.
  • Le réflexe de la solution incrémentale : Chercher à améliorer la solution existante de 5 % au lieu d'imaginer une approche radicalement différente.
  • La peur du ridicule ou de la métaphore : Rejeter immédiatement les idées hors sujet ou les analogies audacieuses au nom du « sérieux » professionnel.

Le problème, c'est que c'est que penser "à côté" est plus facile à dire qu'à faire. C'est là qu'une méthode peut rendre quelques services.


Objectifs

Utilisée lors d'une phase de recherche de solutions ou d'innovation, la pensée latérale vise trois finalités :
  • Défaire les présupposés implicites : Identifier et casser les règles non écrites qui brident la réflexion (« Un magasin doit forcément ressembler à un magasin »).
  • Provoquer le saut cognitif : Utiliser des analogies distantes (ex. : s'inspirer du spectacle vivant ou des cultes pour le commerce de détail) pour transférer des mécanismes qui marchent dans d'autres univers.
  • Ouvrir de nouveaux territoires de réponses : Passer du « Pourquoi ça ne marcherait pas ? » au « Et si on essayait d'extraire le principe de cette idée folle ? ».


Déroulement et outils pratiques


Les 3 étapes clés du saut latéral :

  1. Rendre l'implicite explicite : Lister toutes les certitudes du problème (ex. : « Les clients doivent venir physiquement dans le magasin pendant les heures d'ouverture »).
  2. Introduire la provocation (Le « Po » de De Bono) : Formuler une affirmation décalée, une inversion ou une analogie poussée (ex. : « Comment faire d'une visite en magasin une expérience rituelle et festive comme un culte dominical ? »).
  3. Extraire le principe (Le mouvement) : Ne pas juger la provocation au premier degré, mais identifier le mécanisme sous-jacent à transposer (ex. : la communauté, la musique, l'accueil chaleureux, la scénographie, l'ancrage dans une routine hebdomadaire).

Les techniques favorites du problem solver

  • L'analogie éloignée (Déplacement) : Aller chercher des solutions dans un secteur qui n'a rien à voir (la nature avec le biomimétisme, le théâtre, les jeux vidéo, l'armée).
  • L'inversion : Au lieu de demander « Comment faire venir les clients ? », demander « Comment faire fuir absolument tous les clients ? », puis inverser chaque proposition.
  • Le mot aléatoire : Associer un mot tiré au hasard dans un dictionnaire avec le problème à résoudre pour forcer le cerveau à créer des connexions inédites.

L'œil du praticien : 

La pensée latérale ne s'oppose pas à la logique verticale : elle intervient avant. On utilise la pensée latérale pour explorer de nouvelles voies et faire émerger des concepts de rupture, puis on reprend la pensée verticale et la rigueur du terrain pour tester, structurer et mettre en œuvre la solution retenue.


Points de vigilance

  • Ne pas juger la provocation trop tôt : La valeur d'une idée latérale réside dans le mouvement qu'elle suscite, pas dans sa faisabilité immédiate au premier degré.
  • Ne pas en faire une fin en soi : Sortir du cadre est un moyen, pas un but ; il faut savoir réattiver le filtre opérationnel (tableau en T, analyse d'impact) après la phase d'exploration.
  • Soigner l'animation du groupe : Prévenir les participants que l'exercice va sembler "absurde" ou "décalé" pour éviter les réactions de rejet défensif.
  • Rester centré sur le besoin sous-jacent : L'analogie (ex. : l'église évangélique) doit éclairer la motivation profonde du client, pas devenir une caricature.
  • Consigner les principes, pas seulement les métaphores : À la fin de l'exercice, traduisez toujours la métaphore en propositions concrètes et adaptées au secteur.

💡 Cas pratique – Quand le marketing de détail s'invite... à l'église !

  • La situation initiale :
    → Une équipe marketing de prêt-à-porter se creuse la tête en réunion de cadrage : « Comment faire venir davantage de clients dans nos magasins physiques en perte de vitesse face au e-commerce ? ». Le groupe tourne en rond, prisonnier des solutions habituelles (soldes, campagnes d'affichage, publipostage numérique).
  • Le saut latéral (La provocation) :
    → L'intervenant pose alors une question volontairement décalée, sans aucun rapport apparent avec le commerce : « Comment font les églises évangéliques américaines pour remplir leurs assemblées chaque dimanche matin ? ».
  • L'exploration par analogie :
    → Loin de s'arrêter au tabou de la comparaison, l'équipe analyse ce que font ces institutions : accueil sur le seuil avec un sourire et un café, mise en scène musicale immersive, participation active de l'assemblée, sentiment d'appartenance à une communauté chaleureuse, rendez-vous hebdomadaires ritualisés et festifs.
  • Le principe transposé (La solution) :
    → En extrayant ces mécanismes pour les adapter au point de vente, le magasin cesse d'être un simple entrepôt de stockage de vêtements pour devenir un lieu de vie et de rendez-vous communautaire : ateliers de customisation collectifs le samedi, accueil thé/café offert à l'entrée, playlists immersives et événements thématiques récurrents. Le trafic en magasin redémarre non pas par la promotion agressive, mais par l'expérience relationnelle et festive.


Quelques mots sur l'origine de la méthode

Le concept de pensée latérale (lateral thinking) a été forgé en 1967 par le médecin et psychologue maltais Edward de Bono. Constatant que la pensée logique traditionnelle (dite « verticale ») fonctionne par étapes séquentielles et élimination des erreurs, De Bono démontre qu'elle tend à reproduire les mêmes schémas appris. La pensée latérale propose au contraire d'utiliser la provocation, le saut cognitif et le déplacement du cadre pour générer de nouvelles configurations d'idées.

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