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Vous et votre liste des tâches — quand faire le point boucle la boucle

Pilier Programmation, article 7 - Fonction Evaluer / apprendre « J 'ai bien avancé aujourd'hui, je crois. » Le je crois di...

Évaluer/rétroagir : garder le cap et apprendre des dérives


Le pilier qui referme la boucle, ou comment adapter son organisation à l'évolution du contexte.

Évaluer, rétroagir : voici le sixième pilier de la démarche d'organisation présentée sur ce blog (Six piliers, des points d'appui, des méthodes : l'organisation à l'épreuve du pragmatisme), et probablement le plus discret des six. C'est pourtant celui que vous actionnez sans le savoir chaque fois que vous constatez un écart entre ce que vous aviez prévu et ce qui se produit réellement.

Ce pilier est transversal : il intervient, plus ou moins consciemment, à toutes les étapes de votre organisation. Cet article le situe dans la méthodologie, montre ce qu'il change dans un projet, détaille comment il se met en œuvre, et illustre ce qu'il peut donner une fois poussé à ses limites.

📌 À retenir

  • Évaluer et rétroagir forment une boucle : mesurer les écarts, les comprendre, décider ce qu'on en fait.
  • La boucle n'a de sens que si son coût reste raisonnable : veiller au coût du pilotage fait partie du pilotage.
  • C'est un pilier transversal : il est actionné, plus ou moins consciemment, à toutes les étapes de la méthodologie.
  • Les points et les revues se choisissent en fonction de critères à garder en tête : vos finalités (buts + sens), de la criticité de ce qui est à réaliser, et de vos horizons temporels.
  • Pas d'obligation de tout faire : des éléments à puiser pour bâtir votre propre système.

Pourquoi se préoccuper de ce sujet ?

Que vient faire ce concept d'évaluation et de rétroaction dans une méthodologie de gestion du temps ?

Se poser la question, c'est déjà y répondre : plus ou moins consciemment, nous ne cessons de mesurer des écarts entre ce que nous pensons d'un sujet, la représentation que nous nous en faisons, et ce qui nous est proposé.

C'est une nécessité, liée au besoin de survivre, de s'adapter. L'organisation n'échappe pas à la règle.

La bonne nouvelle : nous savons déjà le faire, souvent de manière intuitive ou réactive face aux urgences. Reste à savoir comment le faire de façon sereine et méthodique quand on parle d'organisation (sur ce sujet, voir l'article Mieux gérer son temps : l'art de la régulation).

Et pour fixer le vocabulaire une fois pour toutes : évaluer, c'est mesurer l'écart ; rétroagir, c'est ajuster en retour, corriger sa route à partir de ce qu'on vient d'observer.

Situer le pilier dans la méthodologie

Si l'on considère une organisation comme un système, cette nécessité d'adaptation devient une fonction à satisfaire (comme l'explique la démarche méthodologique globale).

FINALITÉS
(buts + sens)
↓↑

Pour mémoire, l'approche pragmatique de l'organisation (APO) s'organise autour de six piliers : la vision à long terme, l'anticipation, la planification, la programmation, la résolution de problèmes, l'évaluation/rétroaction. En amont, un sous-système Finalités fixe les buts et, surtout, donne le sens de l'action.

Dans cette architecture, le pilier < Evaluation / rétroaction > répond à une fonction première :

Comment adapter le système à l'évolution du contexte, interne ou externe ?

Posons la question comme la démarche sait le faire :
Comment faire pour adapter le système à l'évolution du contexte ?

[ SITUATION INITIALE / CAP ]
↓
[ 1. MESURER ] ── (Détection des écarts)
↓
[ 2. COMPRENDRE ] ── (Résolution de problèmes)
↓
[ 3. DÉCIDER ] ── (Réduire, augmenter ou accepter la dérive)
↓
[ 4. PILOTER À JUSTE COÛT ] ── (Clause de sauvegarde contre le reporting excessif)
↓
[ RETOUR AU SYSTÈME / AJUSTEMENT ]

Des remarques :

  • Les trois premières sous-fonctions correspondent précisément aux trois étapes clés de la résolution de problèmes. La rétroaction y joue un rôle clé : c'est elle qui nourrit l'analyse lorsque l'écart se répète. 
  • La quatrième sous-fonction est particulière : elle fonctionne comme une clause de sauvegarde, destinée à éviter que le système ne gaspille ses ressources en reporting et en contrôle, un travers classique de beaucoup d'organisations.
  • C'est enfin un pilier transversal : il est actionné, plus ou moins consciemment, à toutes les étapes de la méthodologie.

La phrase clé, et ce qu'elle donne dans un projet

La rétroaction ne peut pas opérer sans évaluation. L'évaluation sans rétroaction est une perte de temps à long terme. 

Du point de vue de la gestion du capital temps/énergie/attention, c'est même un non-sens.

Prenons un projet et suivons-le : à chaque moment clé, l'évaluation débouche sur une modification. C'est cette modification qui constitue la rétroaction.

Situation initiale Modification (rétroaction) Pilier concerné
L'idée que je me fais du chemin à parcourir, dans une phase d'avant-projet Révision des finalités (buts + sens) Vision long terme (Comment construire votre vision à long terme)
Les conséquences possibles que j'avais explorées, les obstacles et tâches envisagés Révision des scénarios et du stock de tâches anticipé Anticipation (Anticiper, ce n'est pas prévoir)
La mise en ordre des choses à faire et de ce que cela implique Révision du périmètre du projet (pas assez ou trop ambitieux) Planification (Planification : ce qu'on ne vous a jamais dit)
La confrontation avec le réel Ajustements du planning, réflexion sur les ressources, les moyens ou les processus Programmation (Vous programmez déjà...)
La vie du projet et l'évolution du contexte Compréhension de ce qu'il faut réellement suivre et piloter Évaluation / rétroaction

Ce tableau referme la boucle : chacun des piliers y est ajusté par l'évaluation et la rétroaction. Aucun pilier n'est donc figé : chacun est susceptible d'être remis en question par ce que le réel nous apprend. C'est précisément la raison pour laquelle ce pilier ferme la boucle de la démarche.

Comment ça se met en œuvre ?

En répondant aux quatre questions correspondant aux quatre sous-fonctions du pilier :

1. Comment faire pour mesurer des écarts ?

  • On part forcément d'un point zéro.
    → Comme en navigation, où l'estime dérive toujours si l'on ne fait pas le point, il faut un état initial associé à des objectifs, en particulier temporels.
  • On borne le projet :
    → étapes clés, jalons, durées.
  • On détermine des indicateurs :
    → avancement, consommation de ressources, etc. (sur ce point, voir Piloter sans s'égarer : des indicateurs).
  • Et ce n'est pas un détail technique :
    → sans capteurs, pas de boucle de régulation. Le pilier n'est pas réellement actionnable sans indicateurs, quelle que soit leur forme : un chiffre, une liste, un jalon franchi ou une simple case cochée.

2. Comment faire pour comprendre les écarts ?

On dispose déjà d'une méthode : la résolution de problèmes. En gros, il s'agit de se poser franchement la question du pourquoi de l'écart (pour creuser ce point, se reporter à l'article La résolution de problèmes est-elle une méthode de gestion du temps ?).

3. Comment faire pour prendre des décisions sur les écarts ?

En sortie de l'analyse, on dispose de pistes de solutions. Elles peuvent se traduire, ou non, en plans d'action. Car tout écart ne mérite pas d'être corrigé. Parfois, la bonne décision consiste à accepter la dérive.

4. Comment faire pour veiller au coût du pilotage ?

  • Le principe : faire des points. Des points « au fil de l'eau » (les crises, la fin de journée) et des points plus structurés.
  • Les revues, en lien avec les horizons temporels que vous considérez comme critiques (à ce sujet, lire Horizon temporel : en avoir ou pas).
  • La précaution : garder en tête que l'évaluation et la rétroaction ne sont pas une fin en soi. Elles servent une fonction première : s'adapter.
Une mesure qui devient un objectif cesse rapidement d'être une bonne mesure. C'est l'idée résumée par la loi de Goodhart. 

Le syndrome de la cuisinière mexicaine

Connaissez-vous ce que l'on appelle le « syndrome de la cuisinière mexicaine » ? Il désigne une dérive observée dans certaines organisations où des activités connexes prennent progressivement le pas sur les activités du cœur de métier. Le reporting en fournit l'exemple le plus courant (voir à ce sujet l'analyse sur le temps des managers).

La loi de Goodhart en donne une partie de l'explication : dès qu'une mesure devient un objectif, elle cesse d'être une bonne mesure. Pour reprendre la main sur vos indicateurs, reportez-vous à la série consacrée au reporting.

Frontière avec la programmation

Faire le point sur sa journée, pointer ses tâches, purger ses listes : tout cela relève de la boucle courte, développée dans la série consacrée à la programmation.

Les focales longues relèvent de ce pilier : le point fixe de la semaine (comme le détaille le guide pratique Faire sa revue hebdomadaire : une méthode pas à pas ou le retour d'expérience sur la revue hebdomadaire, le rituel qui change tout et où se décide votre semaine), le recul du mois, celui du trimestre ou de l'année (voir l'articulation dans Articuler vision long terme et quotidien).

Criticité et fréquence

Reste à régler la fréquence des points. Et elle n'a rien d'un rythme immuable : elle dépend de la criticité de ce qui est en jeu.

⛵ Le point et la criticité de la navigation

  • En traversée de l'Atlantique : un point par jour suffit (horizon large).
  • En navigation côtière : on fait son point toutes les heures (horizon intermédiaire).
  • À l'approche d'un port ou d'une zone dangereuse : on passe au pilotage, avec un point quasiment permanent (horizon court et haute criticité).

Plus la criticité monte, plus la boucle se resserre. Vos revues obéissent à la même logique (Infographie : la cascade des revues) : c'est la criticité de ce qui est à réaliser, mais aussi l'horizon temporel considéré, qui déterminent quand faire le point. On ne pilote pas un projet de vie, une année, un trimestre ou une semaine avec la même fréquence. Les horizons temporels structurent les revues comme ils structurent l'action.

Une illustration poussée à son maximum

Cette réflexion est volontairement poussée à l'extrême. Son but est de montrer l'articulation entre finalités et évaluation/rétroaction. Un système complet pourrait comporter :

  • une réflexion sur son projet de vie et son projet professionnel tous les cinq ans ;
  • un plan d'action global à long terme ;
  • un plan d'action annuel, alimenté par les objectifs professionnels, les gros projets ou les entretiens (voir sur ce  point : Pourquoi faire des plans d'actions ?) ;
  • une revue de mi-année ;
  • des revues mensuelles ;
  • une revue hebdomadaire ;
  • un point quotidien.

Il n'existe aucune obligation de faire tout cela. L'intérêt de l'exemple est simplement de montrer qu'il existe toute une gamme de points et de revues, dans laquelle chacun peut puiser pour bâtir son propre système.

Pour ma part, je dois vous avouer que j'ai pratiqué ce système pendant des années. On m'a parfois pris pour un fou, mais au bout du compte, ça ne m'a pas trop mal réussi.

Conclusion

Une organisation n'a pas la capacité de s'adapter en continu. Évaluer, comprendre, décider et ajuster consomment du temps, de l'énergie et de l'attention.

Toute la difficulté consiste donc à choisir les bons moments pour faire le point :

  • ni trop espacés, au risque de laisser le système dériver sans s'en apercevoir ;
  • ni trop rapprochés, au risque de passer plus de temps à se piloter qu'à avancer.

C'est là qu'interviennent les finalités poursuivies, les horizons temporels et la criticité de ce qui est à réaliser. Ce sont eux qui déterminent la fréquence des points et des revues.

Avec ce sixième pilier, la boucle de la démarche est refermée : vision, anticipation, planification, programmation, résolution de problèmes... et, en travers de toutes, cette fonction qui fait que le système apprend de son contexte au lieu de le subir. C'est tout ce que ce pilier demande.

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Et vous ?
À quelle fréquence faites-vous le point ? Et ce point débouche-t-il sur des ajustements, ou reste-t-il un simple constat ? Vos retours en commentaires m'intéressent.


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