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Reporting - Et si on arrêtait le massacre des forêts et des heures de travail ?

 Reporting non-sense

Illustration réalisée par un IA générative sans autorisation des ayant droits de Sam Shutltz.

Le lundi matin obéit souvent à une liturgie bien rodée : l'ouverture rituelle des tableurs, la réorganisation minutieuse des cellules et ce soin quasi artistique à aligner les chiffres pour que les indicateurs restent au vert. Tout le monde s'y emploie avec une rigueur exemplaire, jusqu'au moment où une question vient rompre le charme : produit-on de la valeur, ou alimente-t-on simplement une illusion de contrôle ?

Conçu à l'origine comme une boussole pour éclairer les décisions, le reporting a peu à peu dévié vers une bureaucratie autocentrée. On mesure désormais ce qui se compte facilement plutôt que ce qui compte réellement, transformant l'outil en une fin en soi. Les observateurs des organisations décrivent bien ce phénomène où la mesure éclipse le terrain.

Dans son rapport annuel Anatomy of Work Index (Asana), l'éditeur révèle ainsi que les collaborateurs consacrent désormais près de 60 % de leur temps au « work about work », cette gestion administrative des processus où la compilation des données étouffe le travail véritable.

Le drame de cette profusion tient à son inutilité pratique. La loi de Goodhart s'applique ici dans toute sa rigueur : dès qu'un chiffre devient une cible, il cesse d'être un bon indicateur, et les équipes finissent par piloter l'outil au lieu de piloter l'activité. Les analyses du cabinet EY (Ernst & Young), notamment résumées dans leurs synthèses sur la gouvernance des données et le pilotage de la performance, viennent enfoncer le clou en rappelant que près d'un reporting sur deux n'est jamais lu ni exploité lors des arbitrages stratégiques. On fabrique ainsi du papier et des tableaux pour rassurer, tout en mobilisant une énergie précieuse qui manque cruellement à l'action.

Il ne s'agit pas de brûler les tableaux de bord — la mesure reste indispensable dès lors qu'elle sert le progrès —, mais de stopper l'empilement systématique pour redonner de l'air aux équipes. C'est précisément l'ambition de cette nouvelle série d'articles consacrée au reporting, pensée pour passer au crible nos habitudes et réinjecter du bon sens dans nos pratiques.

Au fil des prochains volets, nous explorerons ensemble des leviers très concrets pour sortir de ce piège :

  1. Le crash-test du « Et alors ? » : la méthode pour faire le tri et éliminer sans regret les métriques inutiles.

  2. Du contrôle a posteriori au vrai pilotage : comment concevoir des indicateurs axés sur le présent et utiles au terrain.

  3. L'IA au service du temps retrouvé : exploiter l'automatisation pour traiter la forme et restituer à l'humain son véritable métier : l'arbitrage, le dialogue et la décision.

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