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C' est le dixième mois de notre calendrier actuel, mais il ne vous aura pas échappé que la construction du mot "octobre" e...
Que mettez-vous dans vos listes ?
Pilier Programmation, article 3 - Première fonction : collecter.
«Où est-ce que je note ça ? » C'est peut-être une des questions la plus fréquentes que j'entends en formation, et la plus révélatrice. Un e-mail demande une réponse. Une décision est prise en réunion. Un mot glissé dans un couloir. Un courrier posé sur le bureau. Une idée devant le café. Un imprévu qui en crée trois autres. Et cette lubie de fin de journée : « il faudrait que je m'y mette, un jour ».
Faites l'expérience, un soir : recensez tout ce qui, dans votre journée, a généré une chose à faire. Puis demandez-vous où toutes ces choses sont notées. Si la réponse est « partout et nulle part » - un post-it ici, un drapeau sur un courriel là, une note dans le téléphone, deux lignes dans une application, trois promesses orales, et un stock dans la tête - vous êtes comme la plupart des gens que je rencontre.
C'est le point de départ de cet article : la première fonction de la programmation, celle par laquelle tout commence.
Où en sommes-nous ?
Pour resituer : la programmation, nous l'avons vu dans le premier article, exige cinq fonctions : collecter, prioriser, ordonner, préserver, évaluer.
L'article précédent a montré pourquoi les outils ne les remplissent pas à notre place ; il est temps d'examiner la première.
Collecter, c'est répondre à la question la plus élémentaire du pilier : quoi organiser ?
On ne peut ni prioriser ni ordonner ce qui n'est pas rassemblé. La question « quoi organiser ? » précède logiquement les questions « quoi faire d'abord ? » et « quand ? ».
Vous remarquerez au passage que la réponse contient déjà en germe la suivante : ce qui entre dans vos boîtes est le stock brut de tous vos arbitrages futurs. Chaque chose collectée sera un jour priorisée (ou éliminée), qui est aussi une façon de prioriser. Nous y viendrons.
En quoi collecter est-il un problème ?
Si c'était simple, la question « où est-ce que je note ça ? » ne serait pas posée à chaque session.
Demandons-nous donc, comme pour toute chose, en quoi c'est un problème. Les causes remontent en ligne droite jusqu'à la surface :
Les sources sont multiples et hétérogènes. → Le « à faire » naît d'un e-mail, d'une réunion, d'un couloir, d'un courrier, d'une idée, d'un imprévu. Chaque source a sa logique, son rythme, son support naturel. Rien ne les rassemble d'avance.
Les arrivages sont continus. → C'est la cause première la plus méconnue : la collecte n'est pas un geste de début ou de fin de cycle. Le flux ne s'arrête pas le temps qu'on s'organise, il arrive en permanence, à toute heure, y compris pendant qu'on traite. Une collecte conçue comme un tri hebdomadaire est déjà dépassée dès le mardi.
Le pire point de collecte, c'est votre tête. → Faute de système, le stock vit dans le cerveau, avec la saturation pour prix : du trafic mental, du stress par peur d'oublier, des réveils à 3 heures du matin pour vérifier une liste qui n'existe nulle part ailleurs.
Tout ce qui entre ne mérite pas d'entrer. → Le stock de réception contient de la production attendue, mais aussi du bruit : des demandes qui n'engagent rien, du reporting qui ne sera jamais lu, des « il faudrait » qui n'engagent personne. Sans filtre à l'entrée, la liste devient un entrepôt.
L'archivage et l'action se mélangent. → Beaucoup engorgent leur système avec de la documentation pure (articles à lire, procédures, mémos, « ça pourra servir ») qu'ils confondent avec de l'actionnable. Le stock et la bibliothèque ne vivent pas dans les mêmes bacs.
Rien ne revient en apprentissage. → Sans rituel de passage en revue, les boîtes pourrissent en silence ; le même désordre se reforme à chaque pic d'activité.
Autrement dit : le problème de la collecte n'est pas d'abord la quantité : c'est la dispersion, la continuité du flux et l'absence de filtre et de rituel. Six causes, qui dessinent déjà, en creux, les phases du processus.
Les phases clés du processus de collecte
Une fois les causes posées, le processus se déduit presque de lui-même. Collecter, ce n'est pas un geste, c'est un petit processus qui tourne en permanence :
Capter : Tout ce qui arrive rejoint un nombre restreint de points de collecte : - un physique (une boîte - une seule - où tout ce qui arrive en papier finit sa course si sa place n'est pas immédiatement trouvée) - un virtuel (un dossier « A traiter » unique pour les courriels et fichiers en attente, ou un fichier texte "journal"). Deux ou trois boîtes au maximum. Et votre tête n'en fait pas partie.
Trier à l'entrée. Chaque élément capté reçoit une destination, au fil de l'eau, pas une fois par semaine. Pas de miracle en la matière : il n'y a que quatre manières de traiter ce qui vous arrive grâce à la méthode ACTE (voir ci-dessous dans cet article).
Séparer le stock de la bibliothèque. Un point de collecte est un sas d'entrée pour des flux non traités, pas une bibliothèque. Le classement a bien sa place dans le tri, mais à l'extérieur du stock d'actions : dès qu'un élément est classé, il a quitté le périmètre de l'arbitrage. Si l'actionnable et le documentaire se mélangent, la boîte redevient un cimetière. Vos références ne demandent qu'à être rangées, pas arbitrées.
Accueillir le travail qui échoit. Le stock de réception ne se réduit pas au flux du jour : il reçoit aussi les actions rendues présentes par l'anticipation et la planification (ce projet repéré il y a six semaines, cette échéance vue venir, ces tâches qui arrivent à maturité cette semaine). C'est précisément l'intérêt d'anticiper : faire en sorte que certaines choses arrivent dans vos boîtes au bon moment, plutôt que de surgir en urgence.
Réviser. Un quart d'heure, quelques fois par semaine, pour faire le tour des boîtes, ou alors le matin en démarrant, ou le soir avant de partir : marquer les progrès, purger, arbitrer ce qui traîne. Et une limite visible par point de collecte - ce sont des signaux, pas des accidents.
Détaillons la méthode ACTE, car c'est elle qui règle le tri quotidien. Chaque élément qui arrive ne connaît que quatre destins :
A — Agir
De suite si c'est l'affaire de quelques minutes. Sinon, l'action rejoint l'agenda ou la liste pour être programmée.
C — Classer
Référence ou documentation : direction la bibliothèque, immédiatement et sans état d'âme.
T — Transmettre
Ce qui relève d'un autre : filez-le, sans le garder en otage dans votre propre système.
E — Éliminer
Le superflu, le bruit : la corbeille est votre meilleure alliée pour faire le vide.
Si vous avez « acté » tout ce qui est arrivé dans la journée, il ne devrait plus rien rester échoué au coin de votre bureau (ou de votre écran) en fin de soirée. C'est le test du soir : tout doit avoir pris une direction.
N'essayez pas de vous souvenir de tout. Écrivez vos idées, vos tâches — et libérez votre pensée. Un cerveau plein de « choses à faire » et de « choses à penser » est une bonne recette pour oublier l'essentiel.
Choses vues
En formation, je rencontre souvent des professionnels fiers de leur rigueur, multipliant les classeurs et les codes de couleur. Le piège classique ? Le soir venu, pour savoir ce qu'ils ont à faire le lendemain, ils doivent inspecter sept ou huit recoins différents de leur bureau ou de leur messagerie. La vraie rupture survient le jour où l'on accepte de tout recentrer sur une table rase, pour ne laisser subsister qu'un point d'ancrage unique. Ce n'est pas le support qui compte, c'est de savoir enfin exactement où regarder.
Témoignages — la fonction avant l'outil
Rien ne vaut, pour finir, ce que les gens font réellement. Voici, en vrac, des configurations que je rencontre sans cesse en formation. Des gens normaux, dans des jobs réels, qui ont résolu leur collecte chacun à sa manière :
Karim : « Je gère des projets complexes avec de multiples dépendances et beaucoup d'acteurs ; l'essentiel des informations me sont communiquées par e-mail. J'ai décidé de concentrer toute ma collecte de "à faire" dans mon carnet numérique (OneNote), grâce à l'extension qui me permet de capturer à peu près n'importe quoi. »
Relisez ces cinq configurations : un carnet numérique de capture, un fichier texte brut, un calepin de blouse, des post-it collés dans un cahier, un journal de bord. Deux leçons s'en dégagent, et elles donnent raison à toute la série :
L'outil importe peu ; seule la fonction importe. Dans chaque cas, l'outil officiel (e-mail, ERP, progiciel de maintenance) est pourtant excellent ; mais aucun ne couvre la totalité du « à faire » réel. Chacun a donc construit son point de collecte là où le process en manque : pas là où c'est glamour, là où c'est nécessaire.
Les outils les plus basiques sont aussi ceux qui marchent le mieux, et qui ne tombent jamais en panne. Pas de mot de passe, pas de synchronisation, pas de mise à jour : un calepin s'ouvre en une seconde, un fichier texte se lit partout, un post-it ne plante jamais. La sophistication des progiciels a sa place ; la collecte, elle, prospère dans le simple.
📌 À retenir
Collecter = répondre à « quoi organiser ? » : rassembler le « à faire » dans un nombre restreint de points de collecte (un physique, un virtuel, et c'est tout).
La collecte est dynamique : le flux arrive en permanence ; le tri s'effectue au fil de l'eau (par exemple avec la méthode ACTE).
Votre tête n'est pas un point de collecte : externaliser libère la pensée et élimine le stress de l'oubli.
Le cycle complet : capter, trier, séparer le stock de la bibliothèque, accueillir le travail planifié et réviser régulièrement.
En conclusion
Vous voilà au pied du renversement annoncé dans le premier article :
La prise de conscience, c'est ce que vous venez de faire en lisant : identifier vos sources de tâches, reconnaître vos points de collecte, y compris celui que vous portez dans votre tête.
Le geste, c'est d'élaborer votre propre process de collecte : deux ou trois boîtes, un filtre, un tri, une revue.
Prise de conscience d'un côté, geste de l'autre : la capacité que vous exerciez sans le savoir devient capabilité : une fonction que vous savez nommer, exercer, ajuster. Car c'est bien elle, la saturation cognitive, qui bloquait votre pouvoir d'agir ; et c'est la collecte, humblement, qui le déverrouille la première.
Au bout du bout, c'est à vous de vous débrouiller avec tout ça. Vous choisissez, y compris ce que vous refusez de mettre dans vos listes.
Une fois collecté et trié, le stock est là, propre, rassemblé. Reste la question qui fâche : tout ne peut pas être fait. Comment décider ce qui compte, et par rapport à quoi ? C'est l'objet du prochain article.
Les outils cèdent le pas à la méthode — jamais l'inverse.
Et vous ?
Ce soir, comptez vos points de collecte — y compris votre tête. Combien ? Et si vous n'en deviez garder que deux, lesquels ? Vos réponses en commentaire.
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