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Retour vers le futur : que reste-t-il du Contrat de Génération et du tutorat aujourd'hui ?

Nous sommes en 2026. Il y a treize ans, en plein cœur des débats sur l'emploi, la loi créait le « Contrat de Génération ».

 L'ambition était grande : lier le destin professionnel d'un jeune et d'un senior pour assurer la transmission des savoirs. Si le dispositif législatif a finalement été abandonné en 2017, emporté par sa lourdeur administrative, les défis humains et managériaux qu'il tentait de résoudre, eux, n'ont pas pris une ride.

Je vous propose aujourd'hui de replonger dans les archives de ce blog avec un article que nous publiions en septembre 2013, alors que les entreprises se débattaient avec cette nouvelle contrainte légale.

Pourquoi déterrer ce texte ?

Parce qu'en le relisant avec le recul de 2026, le constat reste d'une brûlante actualité. Déjà à l'époque, nous alertions sur un piège majeur : l'image d'Épinal du senior transmettant naturellement son savoir au junior, sans que l'on se pose la question de son envie, de sa formation pédagogique ou de la charge de travail du tuteur.

À l'heure où le recul de l'âge de départ à la retraite densifie la cohabitation des générations en entreprise, et où l'essor de l'intelligence artificielle impose un "tutorat inversé" (où les plus jeunes forment souvent leurs aînés), les clés de l'ingénierie tutorale que nous partagions alors restent de parfaits outils de réflexion pour vos organisations actuelles.

Voici l'article tel qu'il a été écrit à l'époque, témoignage d'une réalité qui n'a cessé d'évoluer... :  https://pragma-tic.blogspot.com/2014/03/tutorat-et-contrat-de-generation.html

Treize ans après le vote de cette loi, le constat que nous dressions en 2013 s'est largement vérifié. Le Contrat de Génération a été officiellement supprimé en 2017, victime de sa lourdeur administrative et d'un contexte économique qui, à l'époque, ne favorisait pas l'embauche globale. Les entreprises l'ont effectivement vécu comme une contrainte légale plutôt que comme une opportunité stratégique.

Pourtant, en 2026, les problématiques soulevées par cet article sont plus brûlantes que jamais, mais sous des formes renouvelées :

  1. Le tutorat inversé (Reverse Mentoring) : Le cliché du "senior sachant" face au "junior apprenant" a définitivement volé en éclats. Avec l'accélération fulgurante des outils d'intelligence artificielle et de la transition digitale, les moins de 30 ans sont aujourd'hui massivement tuteurs de leurs aînés sur ces compétences technologiques. La transmission est devenue une rue à double sens.

  2. De la contrainte légale à la nécessité démographique : Alors que les réformes successives des retraites ont prolongé la vie active, le maintien en emploi des seniors n'est plus seulement une injonction de l'État, c'est une réalité démographique dans les équipes. La "pluralité des âges" que nous préconisions est devenue la norme.

  3. La professionnalisation du transfert de compétences : Comme nous le soulignions, « posséder un savoir-faire ne signifie pas savoir le transmettre ». Aujourd'hui, les entreprises les plus performantes ont intégré le rôle de "référent-tuteur" dans la charge de travail et ne laissent plus le transfert de compétences au hasard ou à la seule bonne volonté relationnelle. Le management de la transmission est devenu un axe clé de la GPEC (Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences).

La loi de 2013 a échoué sur le plan administratif, mais elle avait raison sur le fond. La richesse d'une entreprise réside dans sa capacité à faire coopérer les générations.
L'expérience nous prouve qu'en matière de tutorat, le seul moteur efficace reste le besoin économique et humain, jamais le décret.


Références :

  • Le texte fondateur : Loi n° 2013-185 du 1er mars 2013 portant création du contrat de génération (publiée au Journal Officiel le 3 mars 2013). C'est elle qui a introduit les objectifs d'insertion des jeunes, de maintien de l'emploi des seniors et de transmission des compétences dans le Code du travail (via l'ancien article L. 5121-6).

  • Le décret d'application (celui qui fixait les règles du jeu) : Décret n° 2013-222 du 15 mars 2013 relatif au contrat de génération. C'est ce texte qui précisait les modalités pratiques, le contenu obligatoire des plans d'action, le contrôle par les DIRECCTE, et le calcul de la fameuse pénalité financière (qui pouvait atteindre 1 % de la masse salariale) pour les entreprises de plus de 300 salariés.

  • Le texte de suppression : Ordonnance n° 2017-1387 du 22 septembre 2017 (relative à la prévisibilité et à la sécurisation des relations de travail, signée au début du premier quinquennat d'Emmanuel Macron). C'est l'article 3 de cette ordonnance qui a officiellement abrogé le dispositif du contrat de génération.


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