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L'usure du tuteur en distanciel : éviter le sur-engagement pédagogique


Tutorat en distanciel et alternance : comment éviter le sur-engagement pédagogique et la fatigue mentale grâce à des rituels ciblés.

En ce mois d'octobre 2021, la déferlante habituelle de l'alternance et du tutorat s'installe. Mais après plus d'un an et demi de travail hybride, les tuteurs d'entreprise n'abordent plus la rentrée avec le même souffle.

Déjà sollicités par leurs propres objectifs opérationnels à distance, beaucoup s'épuisent à vouloir transposer à l'identique leur accompagnement en distanciel, dérivant vers une sur-présence pédagogique contre-productive.

Souvenir de terrain : le tuteur essoré par Teams

« Lors d'un atelier d'échange de pratiques de formation mené début octobre, un tuteur sénior me confiait son désarroi : "Je me sens coupable quand mon alternant est chez lui. J'ai peur qu'il décroche, alors je passe mon temps à lui envoyer des messages sur Teams pour prendre des nouvelles et repasser derrière son travail. Bilan : je passe mes soirées à traiter mes propres dossiers." »

Cette situation illustre parfaitement le piège du distanciel : confondre présence bienveillante et contrôle permanent. D'après une étude de l'Apec publiée à l'automne 2021, plus de 52 % des cadres formateurs et tuteurs déclaraient éprouver une surcharge mentale liée au suivi à distance des jeunes collaborateurs.

1. Le syndrome de la nounou numérique


En présentiel, le tutorat repose sur une part immense d'apprentissage informel : un coup d'œil sur un écran, une question posée au passage de la machine à café, une observation passive pendant une réunion.

À distance, cet apprentissage par capillarité disparaît. Pour compenser, le tuteur tombe souvent dans deux extrêmes :
  • L'hyper-contrôle : multiplier les points synchrones longs et chronophages.
  • L'abandon involontaire : laisser l'alternant livré à lui-même par manque de temps disponible dans l'agenda.
Pour éviter l'épuisement, il gagne à passer d'un tutorat de présence continue à un tutorat de structuration.

2. Le triptyque opérationnel : des rituels courts, fréquents et ciblés


Plutôt que d'organiser de grands points hebdomadaires de deux heures qui alourdissent l'agenda, l'efficacité du tutorat à distance repose sur la récurrence de micro-rituels :

A. Le « Flash-synchro » du matin (5 à 10 minutes)


Un point rapide en début de journée (en visioconférence ou par téléphone) axé sur trois questions simples : Qu'as-tu prévu de faire aujourd'hui ? Sur quoi as-tu besoin d'aide ? As-tu les accès/informations nécessaires ?

B. La méthode du livrable intermédiaire


Au lieu d'attendre le rendu final d'un dossier, demander à l'alternant de transmettre des ébauches courtes (un plan, trois puces, un brouillon). Cela permet de corriger le tir très tôt sans que le tuteur n'ait à retravailler l'ensemble du projet en urgence.

C. La sanctuarisation du bilan hebdomadaire (30 minutes)


Un temps dédié le vendredi après-midi pour prendre du recul : valider les acquis, débriefer les difficultés relationnelles ou méthodologiques et préparer la semaine suivante. Un principe qui s'aligne directement avec la logique des chartes d'équipe présentées dans notre article de juillet 2021 sur le droit à la déconnexion.

3. Redonner de l'autonomie à l'alternant


Le rôle du tuteur n'est pas de faire à la place, ni de tout surveiller, mais de créer les conditions d'apprentissage. Cela passe par :
  • Définir un réseau de pairs : désigner d'autres membres de l'équipe vers qui l'alternant peut se tourner selon les sujets (le référent technique, le collègue expert outil).
  • Fixer une règle de temporisation : encourager l'alternant à chercher par lui-même pendant 20 minutes avant d'interrompre son tuteur, tout en appliquant les principes d'arbitrage du temps vus dans nos analyses sur la gestion des interruptions.
En conclusion

Merci à tous les tuteurs et maîtres d'apprentissage qui se démènent en ce début d'année académique : votre engagement est précieux, mais il ne doit pas se faire au détriment de votre propre équilibre.
Le meilleur tutorat n'est pas celui qui prend le plus de temps, c'est celui qui rend l'autre autonome en sécurité. En dosant vos interventions, vous vous préservez tout en offrant à votre alternant le plus beau des cadeaux : de la vraie confiance. 

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