Article épinglé

Histoire du mois de septembre

N euvième mois de notre calendrier actuel, il tire son nom du latin "september", qui désignait la septième place qu'il occup...

La Grande Démission (The Great Resignation) : une crise de la relation au temps


En ce milieu d'été 2021, la presse économique américaine ne parle que de cela : la Great Resignation.

Conceptualisé par le professeur Anthony Klotz de l'Université A&M du Texas, ce phénomène s'est traduit par un chiffre vertigineux : rien qu'aux États-Unis, plus de 4 millions de salariés ont démissionné chaque mois au cours du printemps 2021 (U.S. Bureau of Labor Statistics). Si la France observe la situation avec une prudente distance en raison de son marché du travail plus protecteur, le frémissement est bien réel. Les tensions de recrutement s'intensifient et la rotation du personnel s'accélère dans de nombreux secteurs.


Contrairement aux idées reçues, cette vague de départs n'est pas uniquement portée par des revendications salariales. Elle révèle une rupture culturelle plus profonde : une prise de conscience massive sur le prix du temps et le refus d'une rigidité organisationnelle d'un autre âge.

1. On s'en doutait un peu, le temps d'activité n'est plus une marchandise comme les autres


Les mois de travail à distance ont brisé un dogme centenaire : celui du contrôle présentiel. 

Après avoir expérimenté une flexibilité forcée mais réelle dans la gestion de leurs journées, beaucoup de salariés refusent désormais le retour en arrière pur et simple. La rigidité horaire artificielle et le temps de transport imposé sans justification opérationnelle sont devenus les premiers facteurs de friction.

Souvenir de terrain : la réunion de 17h30 du vendredi

« Lors d'une intervention sur la réorganisation du travail de bureau en juin dernier, un cadre chevronné m'expliquait sa décision de changer de voie après quinze ans de maison : "Ce n'est pas la charge de travail qui m'a fait craquer. C'est le jour où la direction a décrété un retour en présentiel obligatoire trois jours par semaine, avec contrôle des heures, alors que nous avions tenu la boîte à bout de bras à distance pendant un an. Quand mon manager m'a remis une réunion synchrone à 17h30 un vendredi pour vérifier qu'on était bien à nos postes, j'ai compris que la confiance était définitivement rompue." »

Cette anecdote résume le cœur du problème : l'exigence d'autonomie n'est pas un caprice, c'est la condition d'un engagement durable.

2. Repenser la flexibilité : trois leviers d'action pour retenir les talents


Pour éviter la fuite des compétences à la rentrée, les managers et responsables RH doivent substituer la culture de la présence par une véritable culture du résultat et du temps maîtrisé :

A. Passer du temps de présence à la gestion par objectifs


L'évaluation ne doit plus reposer sur la plage d'injoignabilité ou le nombre d'heures passées au bureau, mais sur la réalisation de livrables clairs. Donner de l'autonomie sur le « quand » et le « comment » renforce le sentiment de responsabilité professionnelle.

B. Introduire une flexibilité asynchrone encadrée


Permettre aux collaborateurs d'aménager leurs horaires de travail en fonction de leurs contraintes personnelles (parentalité, engagements associatifs, rythmes biologiques) dans le cadre de règles d'équipe partagées, comme vu dans notre article de juillet 2021 sur le droit à la déconnexion.

C. Redonner du sens au présentiel


Le bureau ne doit plus être le lieu de l'exécution solitaire — qu'on réalise souvent mieux chez soi —, mais celui de la coopération, du transfert de compétences, du tutorat et de la sociabilité d'équipe.

3. Une opportunité pour réinventer le management


La Grande Démission est comme un miroir tendu aux entreprises. Loin d'être une simple crise RH, elle offre une occasion historique d'assainir la relation au travail. C'est en offrant du temps choisi et de la considération que l'on restaure une attractivité authentique.

En conclusion

À toutes celles et ceux qui s'interrogent cet été sur le sens de leur engagement, comme aux managers qui redoutent les démissions de septembre : n'ayons pas peur de cette remise en question. La quête d'équilibre et d'autonomie n'est pas un refus de l'effort, mais la recherche d'un travail mieux intégré à la vie. Faire confiance aux équipes en leur redonnant la main sur leur temps, c'est la plus belle preuve de respect qu'une organisation puisse offrir.

Sources et références

Aucun commentaire:

Enregistrer un commentaire

A lire aussi