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« Bedtime Procrastination : quand la nuit devient le seul espace de liberté »


Décryptage de la Bedtime Procrastination (procrastination du sommeil) : pourquoi le confinement pousse à sacrifier sa nuit pour récupérer du temps libre, et comment rééquilibrer sa journée.

Il est 23h30. Votre journée de travail s'est achevée il y a plusieurs heures déjà, entre le couvre-feu strict de 18h, la gestion des dossiers urgents et le rangement du dîner. Vous êtes exténué. Vos paupières sont lourdes. Et pourtant, au lieu d'éteindre la lumière, vous voilà reparti pour un épisode de série supplémentaire, ou bloqué dans un défilement infini de fils d'actualités sur votre smartphone.


Le pire dans l'histoire ? Vous savez pertinemment que vous allez le regretter amèrement demain à 7h00. Mais une petite voix intérieure vous murmure : « J'ai bien le droit de profiter un peu de ma soirée ! »

Ne culpabilisez plus exagérément : vous n'êtes ni anormal, ni simplement paresseux. Vous êtes victime d'un phénomène formalisé par la recherche en psychologie et popularisé en cette période de pandémie sous le nom de « Revenge Bedtime Procrastination » (ou procrastination de vengeance du sommeil).

1. La « vengeance » du sommeil : de quoi s'agit-il exactement ?


Le concept a été initialement défini en 2014 par le professeur Kroese et son équipe de l'Université d'Utrecht (Pays-Bas) sous le terme de Bedtime Procrastination : le fait de repousser l'heure du coucher sans qu'aucune circonstance extérieure ne l'impose, tout en sachant que cela aura des conséquences négatives sur la santé et l'énergie du lendemain.

En 2020-2021, avec les confinements successifs, le télétravail forcé et le couvre-feu, la dimension de « vengeance » (popularisée initialement sur les réseaux sociaux chinois sous l'expression bàofùxìng áoyè) a pris tout son sens. Quand la journée est intégralement confisquée par les obligations professionnelles, l'intendance domestique et les restrictions sanitaires, la nuit devient le seul moment où l'on garde le contrôle total de son temps.

Repousser le sommeil devient alors un acte ultime de rébellion passive. On ne cherche pas à rester éveillé par plaisir d'être fatigué, mais pour prolonger un espace de liberté individuelle qu'on n'a pas pu s'offrir pendant la journée.

2. Le piège de l'épuisement de la volonté (Ego Depletion)


Pourquoi ce phénomène touche-t-il particulièrement les personnes les plus rigoureuses en journée ? La réponse réside dans la gestion de la charge cognitive et du contrôle de soi.

Toute la journée, vous enchaînez les réunions en visio, les arbitrages professionnels, l'adaptation permanente aux contraintes sanitaires et la discipline du domicile. En psychologie cognitive, ce self-control n'est pas infini : c'est un réservoir qui s'épuise. En fin de soirée, le réservoir d'auto-discipline est à sec. Face à la tentative de l'écran ou du divertissement facile, le cerveau n'a tout simplement plus la force cognitive de dire « stop » et de commander le passage au lit.

3. Deux exemples concrets du quotidien


Exemple 1 : Julien et le « syndrome du dernier épisode »


Julien est chef de projet. En télétravail depuis des mois, il enchaîne les visios de 8h30 à 18h00 sans réelle coupure. À 18h, le couvre-feu l'empêche de sortir voir des amis ou de faire du sport en salle. Après le repas familial et le coucher des enfants vers 21h30, il s'installe devant une série. À 23h, il est fatigué, mais lance un nouvel épisode. Pourquoi ? Parce que ces 45 minutes supplémentaires représentent la seule plage horaire où personne ne lui demande rien, où aucune notification ne tombe et où il n'a aucun compte à rendre.

Exemple 2 : Clara et le défilement infini sur smartphone


Clara, formatrice, garde son smartphone sur sa table de chevet. Alors qu'elle s'est couchée à 22h30 avec l'intention de dormir, elle attrape son téléphone « juste pour 5 minutes ». Elle y passe finalement 1h15 à lire des articles et regarder des vidéos sans réel intérêt. En réalité, Clara compense une journée où elle a eu le sentiment de subir un rythme imposé sans aucune pause pour elle-même.

4. Stratégies pragmatiques : réinventer des micro-espaces en journée


Pour lutter contre la Bedtime Procrastination, vouloir « forcer » son auto-discipline le soir est une bataille perdue d'avance, car votre volonté est au plus bas. La vraie solution consiste à désamorcer le besoin de vengeance en journée.

  1. Programmer de « vraies » pauses récréatives en journée : Si vous ne vous accordez 15 minutes d'autonomie et de plaisir qu'à 23h, votre cerveau attendra impatiemment 23h. Réservez 20 minutes dans votre agenda vers 15h ou 16h pour une activité 100% personnelle (lecture, marche, musique), hors travail.
  2. Instaurer une alarme de « transition vers le coucher » : Réglez une alarme non pas pour vous réveiller, mais pour vous indiquer, à 22h00 par exemple, qu'il est temps de couper les écrans et d'amorcer une descente calme (lecture papier, tisane).
  3. Sortir les écrans de la chambre : Retirez la tentation du champ visuel. Un réveil classique sur la table de chevet évite d'attraper le smartphone « pour vérifier l'heure » et d'y rester une heure.
  4. Accepter l'imperfection des journées : Reconnaître que certaines journées sont frustrantes permet de ne pas sur-réagir le soir en exigeant un « paiement en temps libre » prélevé sur son sommeil.

En résumé

Le sommeil n'est pas un ennemi qui vole votre temps libre, c'est le carburant indispensable de votre autonomie du lendemain. Pour retrouver des nuits paisibles en période de confinement ou de restriction, redonnez-vous du temps pour vous pendant qu'il fait encore jour !


Sources et références web


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