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AFEST : quand le poste de travail devient une salle de classe

AFEST

Depuis la promulgation de la
loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel, les décrets d’application sortent au compte-gouttes. 

Parmi toutes les mesures, une évolution attire particulièrement l'attention des praticiens de la formation et du management : la reconnaissance officielle de l'AFEST (Action de Formation En Situation de Travail).


Pour ceux qui accompagnent au quotidien le développement des compétences dans les entreprises, ce texte constitue une petite révolution théorique et un vrai défi d'organisation.

D’où l'on vient : le dogme de la salle et le compagnonnage sauvage


Jusqu'à présent, la règle du jeu était d'une clarté presque rigide : pour qu’il y ait « formation », il fallait sortir le salarié de son poste.

Pendant des décennies, le modèle dominant de la formation professionnelle continue s'est appuyé sur une équation simple : une salle, un formateur, un programme, un groupe d'apprenants et une feuille d'émargement. Ce modèle a rendu d'immenses services, mais il a aussi montré ses limites :
  1. La perte au transfert : Ce qui est appris en salle de cours peine souvent à être transposé sur le poste de travail le lundi matin.
  2. L'invisibilité du savoir informel : Sur le terrain, l'apprentissage réel se faisait déjà « sur le tas », par l'observation des anciens, les conseils entre pairs ou le compagnonnage. Mais ce savoir transmis de la main à la main n'existait pas pour l'institution : non traçable, non financé, considéré comme du simple travail et non comme de la formation.
À l'inverse, former « sur le tas » sans méthode dérivait fréquemment vers deux écueils : l'improvisation totale (l'apprenant est livré à lui-même face à la charge de production) ou le mimétisme passif (« regarde comment je fais et reproduis »).

L’AFEST : cadrer l'informel sans le dénaturer


Le mérite du nouveau cadre réglementaire est de reconnaître que le poste de travail est en soi un espace d'apprentissage, à condition d'y introduire une intention pédagogique et des règles du jeu claires.

L'expérimentation nationale conduite entre 2015 et 2018 par la DGEFP, l'Anact, le Copanef et le FFPS auprès de 45 entreprises a démontré la viabilité de la démarche. Les résultats de cette expérimentation ont directement nourri le décret n° 2018-1341 du 28 décembre 2018 relatif aux actions de formation.

L'AFEST ne consiste pas simplement à mettre un salarié à son poste en lui disant « débrouille-toi ». Le Code du travail (article R. 6313-3) précise désormais 4 exigences clés :
  • L'analyse préalable du travail : Adapter les situations de travail pour les rendre apprenantes.
  • La désignation d'un accompagnateur : Un tuteur ou un référent formé pour guider la séquence.
  • L'aménagement des situations de travail : Accepter que le temps de production soit momentanément adapté ou ralenti pour laisser le droit à l'erreur.
  • Le séquencement réflexif : C'est la véritable clé de voûte de l'AFEST. L'apprenant doit bénéficier de temps dédiés, distincts de la mise en situation de travail, pour débriefer avec son tuteur : « Qu'as-tu fait ? Pourquoi l'as-tu fait ainsi ? Qu'as-tu réussi ou manqué ? ».

Qu'est-ce que cela change dans nos organisations ?


Pour les managers, les tuteurs internes et les responsables RH, ce basculement impose de revoir nos habitudes sur deux fronts :
  • La gestion du temps et la productivité : Former en situation de travail exige d'intégrer des « bulles d'apprentissage » dans le planning de production. C'est accepter qu'un tuteur et son apprenant consacrent 30 minutes à analyser un dysfonctionnement plutôt qu'à simplement expédier la tâche. Le temps de formation n'est plus à côté du travail, il est dans le travail.
  • La posture du tuteur : L'expert technique ne peut plus se contenter de faire la démonstration. Il doit apprendre à poser des questions, à laisser l'apprenant tâtonner et à animer ces fameuses phases de prise de recul.
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En conclusion


En ce printemps 2019, l'AFEST offre une opportunité formidable d'associer enfin l'ingénierie pédagogique à la réalité du terrain. Le risque serait de la transformer en usine à gaz administrative pour satisfaire aux critères de traçabilité des financeurs.

Reste à préserver ce qui en fait la richesse : la simplicité de l'échange humain, l'ancrage dans le réel et le plaisir d'apprendre en faisant.


Chiffres et sources de référence (2018–2019)

  • Cadre légal : Loi n° 2018-771 du 5 septembre 2018 pour la liberté de choisir son avenir professionnel (Journal Officiel).
  • Décret d'application : Décret n° 2018-1341 du 28 décembre 2018 déterminant les conditions de mise en œuvre des actions de formation (LégiFrance).
  • Rapport d'expérimentation : Retrouvez la synthèse de l'expérimentation nationale AFEST (2015-2018) sur le site de l'Anact (L'AFEST : une opportunité pour développer les compétences au travail).
  • Données clés : L'expérimentation menée sur 45 PME/TPE a montré un taux de réussite aux évaluations finales de plus de 85 % pour les apprenants suivis en AFEST, contre des moyennes de transfert estimées à moins de 20 % pour les formations 100 % descendantes en salle.

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