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Le vrai coût des notifications (ou pourquoi mon téléphone travaille parfois plus que moi)

Le vrai coût des notifications

L'autre jour, j'ai essayé une expérience scientifique de très haut niveau : j'ai posé mon téléphone à côté de moi pendant que je travaillais.

Rassurez-vous, je n'ai pas noté la température ambiante ni utilisé un protocole validé par la communauté scientifique. Je me suis simplement demandé combien de temps je pouvais rester concentré sans être interrompu.

La réponse est : moins longtemps que je ne l'aurais cru :

  • Une notification d'e-mail.
  • Puis un message instantané.
  • Puis une alerte météo pour m'informer qu'il allait probablement faire le même temps que la veille.
  • Puis une application qui tenait manifestement à me signaler quelque chose d'absolument indispensable et que j'ai oublié cinq secondes plus tard.

La technologie moderne nous promet de nous faire gagner du temps. Et pourtant, je me demande parfois si elle ne passe pas une partie de son existence à nous le reprendre.

Une drôle de prise de conscience

Depuis quelques mois, un sujet commence à apparaître un peu partout : le « bien-être numérique » ou digital wellbeing.

Le phénomène est suffisamment important pour que les grandes entreprises du secteur commencent elles-mêmes à s'en préoccuper.

Ce n'est pas très fréquent. Habituellement, lorsqu'une entreprise vous vend un produit, elle ne publie pas en parallèle des outils destinés à vous faire moins utiliser ce produit.

Mais en 2018, quelque chose semble avoir changé.

Les inquiétudes concernant la surcharge informationnelle, l'hyperconnexion et la difficulté à rester concentré deviennent visibles dans les médias et les travaux de recherche. Un rapport du Pew Research Center souligne que de nombreux experts s'interrogent désormais sur les effets du numérique sur le bien-être, la capacité de concentration et le stress. [pewresearch.org], [assets.pew...search.org]

Le problème n'est pas la durée

Lorsqu'on parle de temps passé devant un écran, la première question posée est souvent :

« Combien d'heures y passez-vous ? »

Je ne suis pas certain que ce soit la meilleure question. Après tout, un étudiant qui rédige un mémoire pendant trois heures ou un professeur qui prépare un cours passe lui aussi du temps devant un écran. Le vrai problème est peut-être ailleurs : Combien de fois sommes-nous interrompus ?

Imaginez deux scénarios.

  • Dans le premier, vous disposez d'une heure complète pour rédiger un document.
  • Dans le second, vous disposez également d'une heure, mais quelqu'un entre dans votre bureau toutes les quatre minutes pour vous poser une question sans importance.

Sur le papier, vous avez toujours une heure, dans la réalité, ce n'est plus du tout la même heure.

L'économie de l'attention

Pendant longtemps, nous avons considéré l'information comme une ressource rare, mais aujourd'hui, c'est plutôt l'attention qui semble manquer.

Les informations arrivent en continu :

  • e-mails ;
  • SMS ;
  • messageries d'équipe ;
  • réseaux sociaux ;
  • alertes d'actualité ;
  • applications diverses et variées.

Chacune réclame quelques secondes. Individuellement, cela paraît insignifiant. Mais collectivement, cela ressemble à un grignotage permanent de notre concentration.

Le plus étonnant est que ces interruptions sont souvent accueillies avec enthousiasme.

  • La notification produit une petite récompense immédiate.
  • Quelqu'un nous a écrit.
  • Une information est arrivée.
  • Quelque chose s'est passé.
  • Le cerveau adore cela.

Notre liste de tâches un peu moins.

Une expérience simple

Depuis quelques semaines, je fais un test, qui n'a rien de révolutionnaire.

Je coupe la plupart des notifications pendant certaines plages de travail - pas toutes - je ne suis pas devenu ermite numérique.

J'essaie simplement de décider moi-même quand consulter mes informations au lieu de laisser les informations décider pour moi. Le résultat est assez surprenant :

  • Je traite mes e-mails.
  • Je réponds aux messages.
  • Je ne manque aucune information importante.

Mais je retrouve surtout quelque chose qui devenait rare : des périodes de concentration ininterrompue.

  • Ces moments où l'on oublie l'heure.
  • Ces moments où les idées s'enchaînent.
  • Ces moments où l'on avance vraiment.

Et si la prochaine frontière de la productivité était l'attention ?

Nous avons passé des années à chercher les meilleures méthodes de gestion du temps :

  • Les meilleurs agendas.
  • Les meilleurs logiciels.
  • Les meilleures listes de tâches.

Tout cela reste utile, mais je commence à penser que le défi des prochaines années sera différent.

Le problème n'est plus seulement d'organiser nos journées, le problème est de protéger notre attention dans un environnement conçu pour la solliciter en permanence.

Le temps est une ressource limitée, l'attention aussi. Et entre les deux, c'est peut-être l'attention qui devient la plus précieuse.


Sources

  • The Future of Well-Being in a Tech-Saturated World, Pew Research Center, 17 avril 2018. Le rapport indique que 47 % des experts interrogés pensent que le numérique aidera davantage qu'il ne nuira au bien-être dans la décennie à venir, tandis que 32 % estiment qu'il sera plutôt nuisible. [pewresearch.org]
  • The Future of Well-Being in a Tech-Saturated World, rapport complet du Pew Research Center. Les auteurs soulignent la montée des préoccupations liées à la surcharge informationnelle, à la technologie « always-on » et à la difficulté de maintenir son attention. [assets.pew...search.org], [pewresearch.org]

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