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Comprendre le mentorat : définition, enjeux et visages contemporains

Dans un monde professionnel en constante mutation où le développement des compétences comportementales (soft skills) et la quête de sens deviennent prioritaires, le mentorat s'impose comme une pratique d'accompagnement majeure. Mais que recouvre exactement ce terme souvent confondu avec le tutorat ou le coaching ?



Mentor avait Télémaque, Yoda avait Luke Skywalker, et vous... vous avez sans doute ce collègue qui vous explique avec passion (ou résignation peut-être...) comment survivre à la machine à café et aux réunions du lundi matin.

Dans le grand shaker du vocabulaire moderne d'entreprise, le mot « mentorat » est partout. On le croise au détour d’un plan d’action RH, d’un post LinkedIn inspirant ou d’une discussion sur le développement personnel. Mais entre le coach qui vous pose mille questions, le tuteur qui vérifie vos tableaux Excel et le mentor, difficile parfois de s’y retrouver !

Alors, le mentorat : simple effet de mode, concept philosophique dépoussiéré ou véritable super-pouvoir professionnel ? Dépoussiérons le sujet ensemble.

1. Définition du mentorat

Le dictionnaire Larousse nous dit ceci à propos du mentorat : "Aide apportée à un débutant par son mentor."
Et pour ce qui est du mentor (ou du mentore) : "Personne expérimentée qui contribue, bénévolement ou non, au développement personnel ou professionnel d'un débutant."
Le Merriam-Webster Dictionnary, quant à lui nous dit ceci à propos du mentor : "une personne qui délivre son aide et des conseils à une personne moins expérimentée, souvent plus jeune, spécialement dans un contexte professionnel ou académique."

Avant d'atterrir sous nos contrées dans les années 70, la pratique du mentoring s'est surtout développée dans les pays anglo-saxons , où elle fait partie courante du paysage des pratiques d'accompagnement depuis plus d'un siècle, que ce soit en entreprise, dans le monde éducatif, le sport, les associations, etc. C'est tellement vrai qu'elle a fait l'objet d'une théorisation, de la mise au point d'une méthodologie de mise en œuvre, à tel point qu'on ne compte plus les programmes de formation sur ce sujet dans les domaines les plus variés.

Sur la base de cette pratique, on définit aujourd'hui le mentorat comme une relation d'accompagnement interpersonnelle, basée sur la confiance, le volontariat et la bienveillance, dans laquelle une personne expérimentée (le mentor) met son vécu, son recul et sa sagesse à disposition d'une autre personne (le mentoré) pour favoriser son développement personnel et professionnel à long terme.

Contrairement aux idées reçues, il ne s'agit pas d'une relation à sens unique ou purement descendante : c'est un échange bidirectionnel fondé sur l'apprentissage mutuel.

Ce qui le distingue du tutorat et du coaching :

  • Le tutorat vise l'acquisition de savoir-faire techniques et de gestes métiers immédiats sous un contrôle hiérarchique ou académique. Le mentorat, quant à lui, s'intéresse au savoir-être, à la posture globale et à la trajectoire de carrière, en dehors de toute évaluation hiérarchique.
  • Le coaching est un accompagnement à court terme focalisé sur la résolution d'une problématique ciblée ou l'atteinte d'un objectif mesurable (via le questionnement et la mise en œuvre de processus visant à développer les capacités du coaché). Le mentorat s'inscrit dans la durée et autorise le partage d'expérience directe.

Par ailleurs, le mentorat se distingue des deux modalités précédentes par la règle de l'absence de lien hiérarchique direct : pour garantir la liberté de parole et la sécurité psychologique nécessaire, le mentor n'est généralement pas le manager direct du mentoré.

A noter que des différences culturelles, dans ce domaine comme dans beaucoup d'autres, donnent une tonalité particulière au mentorat suivant qu'il est pratiqué de l'une ou l'autre des rives de l'Atlantique, mais nous y reviendrons dans un instant.

2. Le contenu général : Que se passe-t-il dans une relation de mentorat ?

D'un point de vue académique et pratique, la relation de mentorat repose sur deux grandes fonctions fondamentales théorisées dès 1985 par la chercheuse Kathy Kram (à lire sur Google Books : Mentoring at Work: Developmental Relationships in Organizational Life - Kathy E. Kram - Google Livres )

  1. Le soutien à la carrière (Career Support) :
    • Aide au décodage de la culture et des règles implicites de l'organisation.
    • Aide à la prise de hauteur face aux choix stratégiques d'orientation ou de promotion.
    • Partage de réseaux et ouverture de perspectives.
  2. Le soutien psychosocial (Psychosocial Support) :
    • Rôle de « sparring partner » et de miroir bienveillant.
    • Renforcement de la confiance en soi, du sentiment de légitimité et d'auto-efficacité.
    • Espace neutre pour déposer ses doutes et traiter des situations de vulnérabilité sans enjeu d'évaluation.

Le mentorat est également le véhicule principal de transmission des savoirs tacites : ces connaissances informelles, issues de la pratique et de l'expérience vécue, qui ne figurent dans aucun manuel ni procédure.

3. Ce que recouvre le mentorat aujourd'hui : panorama des formes actuelles

Aujourd'hui, le mentorat a dépassé le cadre traditionnel du « vieux sage conseillant le jeune disciple ». Il s'est diversifié sous des formes très concrètes :

A. Mentorat formel vs mentorat informel

  • Le mentorat formel (ou structuré) : organisé par les entreprises, des structures académiques ou des associations, il s'appuie sur des critères d'appariement précis (cadres de compétences, besoins de développement), une charte formelle et une durée prédéfinie (souvent 6 à 12 mois).
  • Le mentorat informel : il naît de manière organique de la rencontre et de l'affinité spontanée entre deux personnes. Plus souple, il demande néanmoins de formaliser une « alliance » (confidentialité, rythme, objectifs) pour éviter de s'évaporer ou de dériver vers une simple discussion informelle.

B. Mentorat de développement vs sponsoring (Sponsorship)

  • Le mentorat de développement (prédominant en Europe et en France) : le mentor agit comme un guide neutre qui aide le mentoré à développer son autonomie décisionnelle et sa réflexion stratégique.
  • Le modèle de sponsoring, ou sponsorship (très ancré en Amérique du Nord) : le mentor s'engage activement en utilisant son influence, son capital politique et son réseau pour recommander directement son protégé et accélérer ses promotions.

C. Le Mentorat inversé (Reverse Mentoring)

Traditionnellement descendant, le mentorat peut s'inverser lorsque les plus jeunes ou les nouveaux arrivants mentorent les dirigeants ou collaborateurs expérimentés. Les thématiques couvrent généralement la culture numérique, les nouvelles aspirations collaboratives ou les enjeux de transition écologique.

D. Le mentorat sociétal, d'Inclusion et RSE (Responsabilité Sociale des Entreprises)

Devenu un levier majeur des politiques de RSE et de diversité, le mentorat s'étend largement en dehors de l'entreprise :
  • Égalité des chances et insertion : accompagnement de jeunes issus de milieux défavorisés vers l'emploi ou les études supérieures (ex. le dispositif national 1 jeune 1 mentor en France).
    Pour en savoir plus sur cette initiative en France : Être accompagné par un mentor pour réussir - 1 Jeune 1 Mentor
  • Diversité et leadership féminin : Programmes dédiés à la mixité hommes-femmes, à l'accès des femmes aux postes de direction ou à la réinsertion professionnelle.
    Un exemple français : PROGRAMME DE E-MENTORING - W4

E. Le mentorat numérique et flash (E-mentoring)

Grâce à des plateformes dédiées, le mentorat s'est affranchi des contraintes géographiques. Il prend parfois la forme de mentorat flash, c'est-à-dire une ou deux sessions ponctuelles ciblées sur un besoin immédiat d'orientation ou de décodage d'un sujet précis. C'est une forme de mentorat digital qui utilise les outils numériques pour connecter mentors et mentorés, favorisant le développement professionnel et personnel à distance.

Quelques plates-formes actives sur lesquelles se faire les dents :
Le mentorat d'aujourd'hui n'a plus grand-chose à voir avec l’image d’Épinal du vieux sage à barbe blanche prodiguant ses préceptes au sommet d’une montagne (ou au fond d'un bureau de direction).

Qu'il soit formel, informel, inversé ou sociétal, il permet de créer des ponts intergénérationnels et organisationnels utiles à l'agilité des organisations modernes.

C'est par ailleurs bien plus qu'un outil RH, et avant tout une aventure humaine, un échange d'expériences où l'on apprend autant en guidant qu'en étant guidé. Que votre mentor vous aide à décoder la politique interne, à oser demander une promotion ou simplement à prendre du recul, rappelez-vous d'une chose : dans une vraie relation de mentorat, on finit toujours par apprendre tous les deux.

Alors, prêt à trouver votre Yoda... ou à transmettre la Force à votre tour ?


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