En ce mois d'avril 2021, la France traverse son troisième confinement. Alors que les écoles ferment à nouveau leurs portes et que les organismes de formation voient leurs salles de cours désertées ou bridées par des jauges drastiques, le monde de la formation professionnelle fait face à une crise d'usure.
Pendant un an, la réponse d'urgence aura été la numérisation massive : basculer des stages de deux jours en « classe virtuelle » sur Teams ou Zoom, multiplier les modules e-learning en libre-accès. Mais en 2021, le constat est sans appel : la saturation cognitive est atteinte. On ne forme pas des compétences opérationnelles complexes, des gestes métiers ou des savoir-être de terrain uniquement derrière un écran.
C'est dans ce contexte de crise d'efficacité que l'AFEST (Action de Formation En Situation de Travail), inscrite dans le Code du travail depuis la loi Avenir Professionnel de 2018, révèle toute sa puissance. Elle n'est plus seulement une innovation juridique ou une curiosité d'ingénierie : elle devient l'ultime refuge de la formation pratique et incarnée.
1. L'AFEST n'est pas « sur le tas » : rappel des exigences réglementaires
Attention aux faux-amis : l'AFEST ne consiste pas à remettre un collaborateur au travail en espérant qu'il « apprenne en faisant ». En cette période de crise où la tentation de l'improvisation est forte, il convient de rappeler qu'une AFEST obéit à un cadre légal et pédagogique strict (Article D6313-3.1 du Code du travail) :
- L'analyse préalable du travail : Adapter la situation de travail à des fins pédagogiques (aménager l'activité, identifier les risques).
- La désignation d'un accompagnateur / tuteur : Un référent formé pour guider l'apprenant dans son parcours.
- Les phases réflexives distinctes : C'est le cœur du dispositif. L'apprenant doit être extrait de la production directe pour analyser, avec son tuteur, la manière dont il a exécuté la tâche, identifier ses erreurs et expliciter ses raisonnements.
- Les évaluations formelles : Des jalons de validation des acquis jalonnent le parcours.
2. Pourquoi l'AFEST sauve la mise en avril 2021
Lorsque les regroupements en présentiel sont impossibles ou risqués, l'AFEST offre trois atouts majeurs :
- L'ancrage dans le travail réel : Alors que les cours théoriques à distance peinent à capter l'attention, l'AFEST s'appuie sur la vraie vie de l'entreprise (en présentiel sur site aménagé ou même en situation de travail à distance régulée). On apprend sur les vrais dossiers, les vrais outils, les vrais flux de production.
- Le maintien du lien humain : En luttant contre l'isolement du salarié bloqué chez lui ou isolé sur son poste, le binôme apprenant-tuteur réinjecte de l'interaction sociale ciblée et à forte valeur ajoutée.
- L'agilité temporelle : Au lieu de bloquer trois journées consécutives difficiles à tenir à distance, l'AFEST découpe l'apprentissage en séquences courtes (30 minutes d'action, 20 minutes de séquence réflexive) intégrées au fil de la semaine.
3. Deux exemples concrets de déploiement en période de crise
Exemple 1 : L'intégration d'un technicien de maintenance en usine
Marc rejoint un site industriel en avril 2021. Les centres de formation externes étant fermés, son entreprise déploie un parcours AFEST. Sur une machine spécifique, Marc réalise une intervention sous le regard de son tuteur (situation d'apprentissage). Une fois l'intervention finie, ils s'isolent 15 minutes dans un bureau pour débriefer : « Pourquoi as-tu choisi cet outil ? Qu'as-tu vérifié avant de relancer le système ? » (séquence réflexive). En deux semaines, les compétences clés sont validées et traçables juridiquement.
Exemple 2 : L'appropriation d'un nouvel outil CRM à distance
Dans un service commercial en télétravail partiel, la formation au nouveau CRM ne se fait pas par un webinaire assommant de 3 heures. Valérie (apprenante) traite 3 vraies fiches clients. Son tuteur, connecté en partagé d'écran, observe sans intervenir. À la fin du traitement, ils analysent ensemble les clics, les saisies et le niveau d'information renseigné. La réflexivité s'opère à distance, mais ancrée sur une pratique réelle.
4. Les pièges à éviter pour la suite
Pour que l'AFEST ne devienne pas une coquille vide ou un simple outil de dépannage sanitaire, deux écueils doivent être évités :
- Oublier la séquence réflexive : Sans prise de recul accompagnée, il n'y a pas d'AFEST, seulement de la production sous pression. La séquence réflexive est le sas où l'expérience devient compétence.
- Surcharger le tuteur : Le tuteur AFEST ne peut pas maintenir ses objectifs de production à 100 % tout en assurant l'accompagnement pédagogique. L'entreprise doit libérer du temps dédié pour le tuteur.
En résumé
L'AFEST n'est pas une réponse au rabais face aux fermetures de salles : c'est une reconquête du terrain et de la pédagogie du réel. En ce printemps 2021, elle démontre que la formation la plus efficace est souvent celle qui se noue au plus près du geste professionnel et du dialogue entre pairs.
Sources et références web
- Ministère du Travail, de l'Emploi et de l'Insertion (2020/2021). Guide pratique AFEST : Déployer l'action de formation en situation de travail.
- Anact (2021). Concevoir et mettre en œuvre une AFEST : Enjeux d'organisation et de conditions de travail.
- Centre Inffo (2021). AFEST et crise sanitaire : Bilan d'étape trois ans après la loi Avenir Professionnel.
Aucun commentaire:
Enregistrer un commentaire